Les abeilles doivent-elles craindre le Varroa destructor ?

Qu'est-ce que le varroa destructor ?

Il ne faut pas confondre varois et varroa. Cela n’a rien à voir ! Je peux vous l’affirmer, puisque je suis varois et apiculteur. Les deux sont parfaitement compatibles. D’ailleurs le département du Var – avec son climat et sa flore – est idéal pour l’apiculture ! Le varois n’est pas plus dangereux pour les abeilles, que ne l’est le brabançon, le charentais ou l’alsacien. Par contre, le varroa est bien plus inquiétant pour Apis mellifera, notre abeille mellifère européenne. Originaire d’Asie, le varroa est un acarien qui parasite les abeilles et s’il n’est pas combattu efficacement devient responsable de l’effondrement des colonies. Le varroa menace des abeilles qui sont déjà mises en danger de disparition par nos pratiques agricoles, par l’altération des écosystèmes naturels et à cause du réchauffement climatique.

Cet article vous propose de découvrir un problème brûlant pour l’apiculture et quelques solutions pour le combattre. Il n’a pas pour but de vous décourager, mais bien de vous informer si vous souhaitez pratiquer l’apiculture de loisir dans de bonne condition. Nous vous souhaitons bonne lecture.

Qu’est ce que le varroa ?

Le varroa est un acarien que les scientifiques nomment Varroa destructor. Il est originaire d’Asie orientale et se retrouve naturellement chez une abeille asiatique (Apis cerana). Chez son hôte d’origine, les infestations de varroas ne sont pas graves. Seules les larves d’abeilles mâles sont touchées, dans des proportions raisonnables. Le couvain des ouvrières n’étant pas ou très peu affecté. Il faut dire que les abeilles asiatiques ont mis en place des stratégies efficaces de contrôle de l’infestation. Elles sont capables de sentir la présence d’un varroa caché dans une alvéole operculée et de s’en débarrasser. Elles savent aussi comment s’épouiller efficacement et faire chuter les varroas fixés sur leur abdomen.

Qu'est-ce que le varroa destructor ?
Un gros plan du varroa destructor, espèce d’acarien parasite de l’abeille et de ses larves et aussi les nymphes.

Pourquoi le varroa est-il dangereux pour les abeilles ?

Le varroa est dangereux pour les abeilles, car il parasite les larves et les insectes adultes. Lorsque les dégâts sont importants, ils provoquent une maladie que l’on nomme la varroose. On peut aussi entendre ou lire les mots impropres (mais passés dans les usages) de varroase ou de varroatose. Cette maladie se reconnaît par la présence d’abeilles dont les ailes sont déformées. Mais aussi par des récoltes de miel plus réduites.

On peut lire ça et là que le varroa suce le “sang” des abeilles, que l’on appelle l’hémolymphe. Mais des recherches récentes démontrent que l’acarien perce la carapace de son hôte pour se nourrir d’un tissu gras sous-jacent, que l’on désigne sous le nom de corps gras.

Ce corps gras est le siège de l’immunité chez l’abeille et permet aussi la détoxification des substances nocives, comme les pesticides. Il contient des lipides et des protéines et il est alors indispensable pour produire la gelée royale qui va permettre de nourrir les larves et la reine. Le corps gras est la clé de voute de la santé de l’individu et de la vigueur de la colonie. Le varroa en s’y attaquant touche le talon d’Achille d’Apis mellifera.

Le varroa n’est pas seulement un parasite qui se nourrit des organes vitaux de son hôte. Il est aussi le vecteur de plusieurs virus. Un peu comme le moustique qui transmettrait le paludisme à l’Homme, le varroa va multiplier puis inoculer des particules virales à l’abeille. Le virus le plus connu est le DWV, le virus des ailes déformées. L’abeille contaminée va devoir lutter contre des agents pathogènes virulents. Son espérance de vie va diminuer et elle sera moins performante pour s’occuper de la colonie et récolter du nectar et du pollen.

Lorsque beaucoup d’abeilles sont malades, la colonie est insuffisamment ravitaillée en nourriture. Et dans les cas extrêmes d’infestation, toutes les abeilles meurent à l’automne ou durant l’hivernage.

Les varroas doivent obligatoirement trouver des larves pour se reproduire. Ces acariens attaquent les larves et les nymphes des ouvrières et des faux-bourdons, mais ils peuvent aussi se nourrir sur les abeilles adultes. Lorsqu’il sont présents sur celles-ci, on parle des varroas phorétiques. Ainsi fixé sur une abeille, les varroas peuvent se déplacer dans toute la colonie.

Mais les varroas phorétiques – la phorésie est un type d’interaction entre deux organismes où un individu (appelé phoronte) est transporté par un autre (appelé hôte) – peuvent aussi passer d’une colonie à une autre et coloniser très rapidement un rucher et ceux aux alentours. Car certains abeilles se trompent de ruche – on dit qu’elles dérivent – ou bien se livrent à des pillages sur des colonies affaiblies et sans défense. Le varroa en profite alors pour s’introduire chez ceux qui n’en ont pas. Rappelons nous qu’il a ainsi envahit l’Europe en moins d’une dizaine d’année, aidé c’est vrai par le déplacement des ruches en transhumance et la vente d’essaims.

Comment maîtriser l’infestation dans ses ruches ?

Au printemps et en été, la population des varroas d’une colonie d’abeilles double chaque mois. Si l’on débute la saison avec seulement quelques dizaines d’acariens, il est tout à faire possible de dépasser à la fin de l’été plusieurs milliers de varroas par colonie d’abeilles.

On tend souvent à sous-estimer la situation de ses propres colonies d’abeilles. Car les varroas sont très petits et généralement cachés. Ils échappent pour la plupart à la vue de l’apiculteur. Sauf si l’on vit sur l’une des rares enclaves sans varroa (comme l’ile d’Ouessant, l’île de Man ou un archipel isolé en Océanie), il est très probable que vous et vos abeilles soyez aussi concerné.

Le comptage des varroas

Il faut donc évaluer le nombre des varroas présents dans chaque ruche. Ce comptage ce fait par différentes techniques qui visent à dénombrer les varroas phorétiques d’un échantillon d’abeilles vivantes, ou bien sur les chutes naturelles d’acariens que l’on récupère sur un lange placé sous la ruche. Et si un seuil critique est dépassé (on parle souvent de 2 000 acariens pour une colonie de 50 000 abeilles), l’apiculteur doit traiter.

Gros plan d'une abeille
Photographie d’une abeille en gros plan – Crédits : Pixabay

Le traitement contre les varroas

Le varroa peut être combattu de différentes manières et il est conseillé de mettre en place un plan d’action tout au long de l’année, pour réduire au minimum la pression qu’il exerce sur les colonies. On parle de lutte intégrée. Aux traitements chimiques s’ajouteront des traitements zootechniques et l’adoption de nouveaux usages.

Les traitements chimiques consistent a utiliser un médicament vétérinaire et autorisé contre les acariens. Ces traitements acaricides contiennent les molécules de synthèse comme l’Amitraze ou bien des principes actifs présents dans la nature comme l’acide oxalitique et l’acide formique. Le traitement se fait soit pendant plusieurs semaines et l’action est alors prolongée. Le principe actif est progressivement diffusé par des languettes ou des éponges. Ou bien le traitement se fait en une unique application. On parle alors de traitement flash.

Quel que soit le principe actif – naturel ou de synthèse – il est nécessaire de suivre les recommandations des techniciens apicoles, car un traitement mal utilisé peut être dangereux pour les abeilles, mais aussi pour l’utilisateur. La sublimation de l’acide oxalique peut être très dangereuse, si des vapeurs sont inhalées.

Les traitements chimiques sont généralement fait à la fin de l’été, juste après la récolte du miel. Car il ne faut pas que les principes actifs s’y retrouvent. Et une application est reconduite en début d’hiver, afin que la colonie puisse hiverner avec le moins de parasites possible. Mais le combat contre les varroas n’aura pas de fin. Même si vous parvenez à tuer tous les varroas de vos colonies, la réinfestation de votre rucher se produira immanquablement dès le retour des beaux jours. Il faut donc intégrer la lutte contre les acariens dans ses pratiques régulières d’apiculteur.

Les traitements zootechniques consistent à agir sur la colonie d’abeilles pour mettre les varroas en difficulté. On peut par exemple encager la reine pendant 24 jours, afin que toutes les alvéoles qui contiennent du couvain se retrouvent inoccupées. Les varroas sont alors tous à découvert. Ne pouvant pas trouver refuge dans des alvéoles, ils sont alors facilement atteignables par les traitements chimiques.

On peut aussi placer un cadre spécial dans la ruche pour que les abeilles construisent des alvéoles pour les faux-bourdons. Le couvain qui contient des mâles attire fortement les varroas. Il agit comme un aimant, mais aussi comme un piège. Tous les 20 jours, on retire le cadre à faux-bourdons et on supprime le couvain. On parle de castration. Et en même temps on élimine énormément d’acariens.

Si vous récupérez des essaims au printemps et que vous n’en connaissez pas l’origine, il est recommandé d’effectuer un traitement des abeilles. Un traitement flash sera effectué quelques jours après l’installation de l’essaim dans une nouvelle ruche.

Pour en savoir davantage sur cet acarien

Si vous êtes curieux d’en apprendre davantage sur la biologie de ce redoutable parasite et sur les méthodes de comptage et de lutte, vous trouverez des informations complémentaires sur le site varroa-destructor.fr

Les experts pourront aussi trouver un intérêt à lire la publication scientifique sur l’alimentation du varroa.

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