Comment est née la critique historique ?

La critique historique puise son origine dans l’enseignement antique et médiéval à travers les 7 arts libéraux.

La critique des textes bibliques

Pierre Abélard applique les catégories de la raison et la dialectique à l’Église. Il réalise des lectures critiques des pères de l’Église. En rassemblant ces lectures, il met en évidence des différences, des contradictions apparentes et des contradictions réelles. En 1123, il publie un traité Sic et non qui met en lumière son analyse et lui vaut une condamnation.

L’Humanisme redécouvre les textes anciens à travers la copie de manuscrits. Il y a à cette époque une recherche du texte parfait et un questionnement : le manuscrit qui a transmis le texte l’a-t-il fait de manière fiable ? C’est à cette époque que des grilles critiques sont réalisées pour comparer les manuscrits. L’idée est de réfléchir sur le texte d’origine, sur la valeur du témoin qui transmet le texte,  sur les interpolations, etc.

La démarche critique est plus grande quand on passe à l’imprimerie car la comparaison est plus facile et plus systématique.
L’imprimerie rend la critique de la Bible du point de vue du texte car elle commence à être imprimée en langue vernaculaire, c’est-à-dire la langue du peuple. Avant cela, les bibles étaient uniquement en latin.

La critique ne s’applique pas à l’époque qu’aux textes religieux mais également aux textes politiques. Laurent Valla en 1442 étudie la donation de Constantin, un texte qui légitime le pouvoir des papes. Il parvient à démontrer qu’il s’agit d’un faux du VIIIème siècle. Ce qui remet en cause le pouvoir du pape. Laurent Valla est à la base de la critique textuelle herméneutique.

La donation de Constantin

Il s’agit d’un texte faux rédigé au VIIIème siècle censé émaner de Constantin, empereur romain des années du VIème siècle. Dans ce texte, Constantin offre à l’évêque de Rome, le Pape, la pleine possession de l’Italie et particulièrement de  Rome. Le Pape est considéré comme un Seigneur, c’est-à-dire un comme possesseur réel de la ville de Rome, tel un souverain. C’est le texte qui fonde les états pontificaux. Laurent Valla explique que quand on la lit, on se rend compte avec un minimum de méthode, qu’il s’agit d’un faux. Il ne peut pas  avoir été écrit au début du VIème siècle.
ville de Rome.

Fresque anonyme du XIIème siècle représentant la donation de Constantin. Valla démontre par son analyse du texte rédigé au VIIIème siècle en latin, une série d’anachronismes et d’absurdités historiques, mais aussi un usage de la langue latine caractéristique du latin utilisé par les carolingiens (si la donation avait été authentique, elle daterait du IVème siècle, le latin écrit à cette époque n’est pas le même que celui utilisé 400 ans plus tard). Il souligne également qu’un tel acte aurait engendré des preuves complémentaires comme des pièces de monnaies ou représentations iconographiques. Pour en savoir plus, consultez cet excellent article.

Lors de la Réforme, Luther et Calvin remettent en cause l’autorité du Pape (qui n’est pas mentionné dans les textes anciens) et s’attaquent au culte des Saints.
L’Église réagit et décide de faire le ménage dans les saints. Elle confie aux Jésuites la tâche et notamment aux Bollandistes qui sont chargés d’établir une critique sur les témoignages et entament la rédaction (monumentale !) des Acta Sanctorum (AASS), des volumes consacrés aux saints de l’Église catholique qui séparent les faits connus des légendes.

Au XVIIème siècle, Jean Mabillon réfléchit sur les textes de l’abbaye de Saint-Denis. Il rédige en latin De Re Diplomatica, texte fondateur de la diplomatique (étude des diplômes). Il élabore une série de règles qui montrent que des textes peuvent être falsifiés (chronologie, types d’écriture à différentes époques, etc.).

La critique méthodique

Au XVIIIème siècle, la critique se développe une histoire romancée qui éclate en deux tendances : l’histoire romantique (ou romanesque), incarnée par Michelet et l’Histoire critique.

Cette dernière est l’inverse de l’Histoire proposée par Michelet, bien que fort agréable à lire. L’Histoire critique décompose les faits qui font l’histoire, elle isole les faits et tend vers la science positive avec une critique méthodique. Elle promeut une idée scientifique optimiste : il existe un passé que l’on peut reconstruire si on juxtapose des faits qui sont vrais. Une méthodologie voit le jour : travailler avec des fiches, élaborer des notes en bas de page, faire une bibliographie.

Au XIXème siècle, l’historien allemand Leopold Von Ranke introduit la notion de la recherche de la vérité : l’Histoire doit raconter ce qui s’est passé. Sous son impulsion naissent les MGH : Monumenta Germaniae Historica qui construisent un appareil critique autour des textes, comparant les versions, les critiquant, etc.

L’objet du travail de l’Historien

La Première guerre mondiale bouleverse la manière de penser les choses. Il s’agit de poser sa réflexion sur l’essentiel, pour l’époque, soit le socio-économique. A cette époque naît l’anthropologie de terrain. Le CNRS est fondé en 1921 en France, le FNRS est quant à lui fondé en 1929 en Belgique. La critique méthodique jette les bases de la critique historique mais est ajoutée un élément novateur : la problématique. L’Histoire s’articule désormais autour de questionnements.

En 1929, l’École des Annales est créée par Marc Bloch et Lucien Febvre sur l’idée que les faits ne suffisent pas, il faut un problème à analyser comme l’originalité des campagnes françaises ou la non-croyance à la Renaissance. C’est à cette période que sont considérés comme sources les documents écrits mais pas uniquement, il peut s’agir de témoignages et de paysages (pensons au visage de l’Europe après la guerre 14-18).
La seconde génération des Annales est marquée par Fernand Braudel qui introduit une interdisciplinarité dans les recherches historiques et notamment l’utilisation des chiffres et des tendances. Il repense également la périodisation.

L’Historien prend au XXème siècle un rôle social.

 

 

Sam Zylberberg

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