Les sept sages de Grèce antique

Les Sept sages de Grèce (en grec οἱ ἑπτὰ ἑπτὰ σοφοί, en phonétique “hoi hepta sophoi”) est le titre donné par la tradition grecque classique à sept philosophes, hommes d’État et législateurs du VIème siècle avant J.-C. reconnus pour leur sagesse.

Qui sont les Sept sages de Grèce ?

La liste des Sept sages de Grèce antique varie en fonction des sources que nous détaillerons plus bas. Néanmoins, il y a consensus sur les quatre premiers.

  • Thalès de Milet (624 av. J.-C. – 546 av. J.-C.) est le premier philosophe, mathématicien et astronome grec connu. Il est l’auteur du fameux “Connais-toi toi-même”, gravé sur la façade avant du Temple d’Apollon à Delphes.
  • Pittacus de Mytilène (~640 av. J.-C. – 568 av. J.-C.) gouverne Mytilène (Lesbos). Il essaye de réduire le pouvoir de la noblesse et gouverne avec démocratie (au sens antique du terme).
  • Bias de Priène (~570 av. J.-C. – 530 av. J.-C.) est un homme politique et un législateur du VIème siècle av. J.-C. Il rédige un poème de 2000 vers sur la manière d’être heureux en Ionie.
  • Solon d’Athènes (638 av. J.-C. – 558 av. J.-C.) est un législateur et réformateur d’Athènes, encadrant les lois qui ont façonné la démocratie athénienne.
  • Cléobule, tyran de Lindos (Rhodes) (~630 av. J.-C. – ~560 av. J.-C.), est un personnage à la croisée de l’histoire et de la mythologie. Une légende le fait descendre d’Hercule. C’est sous son règne que Lindos connait son apogée.
  • Périandre de Corinthe (~ 634 av. J.-C. – 583 av. J.-C.) fait prospérer Corinthe en y faisant construire la première rampe sur l’isthme permettant aux navires de passer durectement du golfe de Corinthe au golfe Saronique sans contourner le Péloponnèse. Les taxes de passage lui permettent de supprimer les impôts.
  • Chilon de Sparte (555 av. J.-C.) est un homme politique spartiate à qui la militarisation de la société spartiate est attribuée.

Périandre de Corinthe ne fait pas l’unanimité, il est parfois remplacé par Anacharis le Scythe, premier étranger à recevoir des privilèges de la citoyenneté d’Athènes sous Solon, philosophe “pré”-cynique; Phérécyde de Syros (~580 av. J.-C. – ~520 av. J.-C.), premier penseur de l’immortalité de l’âme et premier à écrire sur l’origine des dieux; ou encore Myson de Chénée, fermier considéré comme l’homme le plus sage de Grèce, mort à 97 ans.

Sources et légendes des Sept sages

La mention la plus ancienne d’une liste standard de sept sages se trouve dans le Protagoras (ou les Sophistes) de Platon, où il fait dire à Socrate ceci:

Certains, d'hier et d'aujourd'hui, ont reconnu que la spartanisation est beaucoup plus un amour de la sagesse qu'un amour de l'exercice physique, sachant que la capacité de prononcer de telles remarques, courtes et concises, appartient à un homme parfaitement instruit. Parmi eux, il y avait Thalès de Milet, Pittacus de Mytilène, Pittacus de Priène, notre Solon, Cléobule de Lindus, Myson de Chénée, et le septième d'entre eux aurait été Chilon de Sparte. Ils ont tous émulé et admiré et ont été des étudiants de l'éducation spartiate, ont pu dire que leur sagesse était de cette sorte par les remarques brèves mais mémorables qu'ils ont toutes prononcées quand ils se sont rencontrés et conjointement les premiers fruits de leur sagesse à Apollon dans son temple à Delphes, écrivant ce qui est sur les lèvres de tout homme: Connais-toi toi-même, et Rien de trop. Pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce que c'était la philosophie chez les anciens, une sorte de brièveté laconique

Platon, dans Le Protagoras (ou les Sophistes) Philosophe grec antique (428 av. J.-C. - 348 av. J.-C.)

 

La section de Protagoras dans laquelle apparaît ce passage a la particularité d’être ironique, ce qui fait qu’il n’est pas aisé de jauger si cela peut, ou non,  être pris au sérieux.
Si bien que Diogène Laërce confirme plus tard que sept de ces individus sont effectivement tenus en haute estime pour leur sagesse et que cette liste de sages est connue bien avant leur écriture par Platon. Rappelons que plus de 200 ans sépare Platon des Sept sages.
Selon Démétrios de Phalère, c’est l’archonte Damasias (~582 av. J.-C.) qui créé l’expression “Sept sages” et place Thalès comme le premier d’entre eux.

Diogène Laërce (IIIème siècle ap. J.C.) souligne, cependant, qu’il se trouve parmi ses sources un grand désaccord sur l’ordre et le nom des sages. Il écrit dans la Vie de Thalès:

On n’est pas d’accord sur leur nombre. Léandre, au lieu de Cléobule et de Myson de Chénée, met Léophante, fils de Gorsias, ou Lébédios d’Éphèse et Épiménide de Crète. Platon, dans le Protagoras, met Myson à la place de Périandre.
L'historien Éphore de Cumes met Anacharsis à la place de Myson, et d’autres ajoutent Pythagore.
Selon Dicéarque, il y en a quatre sur qui tout le monde est d’accord: Thalès, Bias de Priène, Pittacus de Mytilène et Solon. Le même auteur en nomme six autres, parmi lesquels il en choisit trois: Aristodème, Pamphile, le Lacédémonien Chilon, Cléobule, Anacharsis et Périandre.
D’autres ajoutent Acousilaos, Caba ou Scala, un Argien.
Hermippe, dans son livre sur les sages, dit qu’ils furent dix-sept et que chacun en choisit sept selon ses préférences. Ce sont Solon, Thalès, Pittacus, Bias, Chilon, Cléobule, Périandre, Anacharsis, Acousilaos, Épiménide, Léophante, Phérécyde, Aristodème, Pythagore, Lasos, fils de Charmantidas ou de Sisambrinos ou, selon Aristoxène, de Chabrinos, Hermonée, Anaxagore.
Hippobote (dans Catalogue des Philosophes) les inscrit ainsi: Orphée, Linos, Solon, Périandre, Anacharsis, Cléobule, Myson, Thalès, Bias, Pittacus, Épicharme et Pythagore.

Diogène Laërce Biographe et poète du IIIème siècle

Ésope considéré comme le père de la fable a longtemps été considéré comme un candidat populaire à l’inclusion dans le groupe des Sept sages. D’ailleurs, un épigramme du poète Agathias le Scholastique (530 – ~580) repris dans l’Anthologie palatine fait référence à une statue des Sept Sages avec Esope debout devant eux.

Des sages, seuls quatre font l’unanimité: Thalès de Milet, Pittacus de Mytilène, Bias de Priène et Solon d’Athènes. Les autres (et leur nombre !) sont sujets à interprétation en fonction des auteurs et des périodes historiques.

Quelles sont les conditions pour être considéré comme un Sage en Grèce antique ?

Dans la République, Platon écrit qu’il convient à un sage d’avoir beaucoup d’inventions et de dispositifs utiles dans l’artisanat ou les sciences qui lui sont attribués. Il cite Thalès et Anacharsis le Scythe comme exemples.

Selon les récits, un trépied d’or (ou dans certaines versions un bol ou une coupe) est offert aux plus sages. Il passe tour à tour d’un sage à l’autre, en commençant par Thalès, jusqu’à ce que l’un d’eux (Thalès ou Solon, selon l’histoire) l’offre finalement à Apollon, considéré comme le plus sage de tous.

Selon Diogène, le philosophe Dicéarque ( 347 av. J.-C. – 285 av. J.-C.) affirme que les Sept n’étaient ni sages ni philosophes, mais simplement des hommes avisés, qui avaient étudié la législation.

Cette affirmation est correcte, à l’exception de Thalès, aucun de ceux dont la vie est contenue dans le livre I de Diogène, ne se prétend philosophe.
La sagesse n’est donc pas forcément l’apanage du philosophe en Grèce antique mais aussi celui de l’homme avisé, de l’artisan, du scientifique, ou du législateur, en phase avec son époque.

 

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