Le génocide Grec pontique (1914-1923)

Le génocide grec est l’assassinat systématique de 350.000 grecs sous domination ottomane perpétré en Anatolie pendant la Première Guerre mondiale et après (1914-1923) en raison de leur religion (orthodoxie) et de leur appartenance ethnique.

Le génocide grec pontique s’inscrit dans le mouvement génocidaire initié par l’Empire Ottoman sur les populations assyriennes et arméniennes.

Ce génocide est initié par le gouvernement de l’Empire ottoman et le mouvement national turc contre la population indigène grecque de l’Empire et comprend des massacres, des déportations forcées impliquant des marches de la mort, des noyades de masse, des exécutions sommaires, des exécutions arbitraires et la destruction de monuments culturels, historiques et religieux..

La plupart des survivants fuient vers la Grèce (ce qui représente plus d’un quart de la population grecque continentale) ou dans l’Empire Russe voisin.

Fin 1922, la plupart des Grecs d’Asie Mineure se sont enfuis ou ont été tués.
Ceux qui restent ont été transférés en Grèce dans le cadre de l’échange de population entre la Grèce et la Turquie en 1923, qui officialise l’exode et empêche le retour des réfugiés.

Les principales colonies grecques du Pont-Euxin (Mer Noire), sous l’Empire Ottoman.

Les Alliés de la Première Guerre mondiale condamnent les massacres commandités par le gouvernement ottoman. Plus récemment, l’Association internationale des spécialistes du Génocide adopte en 2007 une résolution reconnaissant la campagne ottomane contre les minorités chrétiennes de l’Empire, y compris les Grecs, comme un génocide.
D’autres organisations ont également adopté des résolutions reconnaissant la campagne ottomane contre ces minorités chrétiennes, en tant que génocide, tout comme les parlements de Grèce, Chypre, Suède, Arménie, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, et République tchèque.

L’ONU quant à lui n’a à l’heure actuelle pas reconnu officiellement le génocide grec pontique.

Contexte géographique et historique: origine de la présence grecque en Asie Mineure

La présence grecque en Asie Mineure remonte à la fin de l’âge du bronze (1450 av. J.-C.)
Le poète grec Homère vit dans cette région vers 800 avant J.-C..
Le géographe Strabon qualifie Smyrne de première ville grecque d’Asie Mineure et de nombreuses figures grecques antiques sont originaires d’Anatolie, dont le mathématicien Thalès de Milet (VIIème siècle av. J.-C.), le philosophe présocratique Héraclite d’Éphèse (VIe siècle avant J.-C.) et le fondateur de l’école cynique Diogène de Sinope (IVème siècle av. J.-C.).

Les Grecs nomment la Mer Noire Πόντος Εὔξεινος, à prononcer “Eúxeinos Póntos” ou plus simplement Pontus Euxinus (Pont-Euxin) sous sa forme latinisée ce qui signifie “mer hospitalière”.

Dès le VIIIème siècle av. J.-C.,  les Grecs naviguent  sur les rives de la Mer Noire et à s’établissent le long de sa côte anatolienne.
Les villes grecques les plus notoires de la Mer Noire sont Trébizonde , Sampsounta (Samsun aujourd’hui), Sinope et Héraclée du Pont.

Durant la période hellénistique (de 334 av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C.) qui débute avec les conquêtes d’Alexandre le Grand, la culture et la langue grecques dominent l’Asie Mineure. L’hellénisation de la région s’accélère sous la domination romaine et byzantine, et dès les premiers siècles après J.-C., les langues locales indo-européennes anatoliennes ont disparu, remplacées par la langue grecque koinè (langue commune).
Depuis lors, jusqu’à la fin du Moyen Age, les habitants d’Asie Mineure parlent grec et pratiquent le christianisme orthodoxe (orthodoxe suite au Grand Schisme d’Orient en 1054 et à la séparation des églises catholique romaine et orthodoxe byzantine).

La culture grecque en Asie Mineure s’épanouit au cours d’un millénaire de domination (IVème siècle – XVème siècle après J.-C.) sous l’empire romain oriental (byzantin) de langue grecque.
Les habitants de l’Asie Mineure constituent la majeure partie des habitants chrétiens orthodoxes de langue grecque de l’empire ce qui implique que de nombreuses figures grecques renommées de la fin de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance sont issues des peuples autochtones d’Asie Mineure, comme Saint-Nicolas (270-343 après J.-C.), le rhétoricien Jean Chrysostome (349-407 après J.-C.), Isidore de Milet l’architecte de la basilique Sainte-Sophie (VIème siècle après J.-C.), plusieurs dynasties impériales, dont les Phocas (Xème siècle) et les Comnène (XIème siècle), et les humanistes de la Renaissance Georges de Trébizonde (1395-1472) et Jean Bessarion (1403-1472).

Lorsque les peuples ottomans commencent leur conquête médiévale tardive de l’Asie Mineure, les citoyens grecs byzantins constituent le plus grand groupe d’habitants de cette région.
Même après les conquêtes turques, la côte montagneuse de la mer Noire d’Asie Mineure reste le cœur d’un État chrétien grec, l’Empire de Trébizonde, jusqu’à sa déposition par les Ottomans en 1461,
Au cours des quatre siècles suivants, les Grecs originaires d’Asie Mineure deviennent progressivement une minorité sur ces terres, à mesure où les membres de leur communauté subissent la turquisation et l’islamisation.
La conversion à l’Islam permet alors d’échapper aux lourdes obligations fiscales et aux limitations légales imposées aux minorités religieuses, et à la mort.

Contexte géopolitique du génocide grec par les Ottomans

Au début de la Première Guerre mondiale, l’Asie Mineure est un territoire diversifié d’un point de vue ethnique. Sa population comprend des Turcs et des Azéris, ainsi que les groupes autochtones qui habitaient la région avant la conquête turque, comme les Grecs pontiques, les Grecs du Caucase, les Grecs de Cappadoce, les Arméniens, les Kurdes, les Zazas, les Géorgiens, les Circassiens, les Assyriens, les Juifs, les Lazes.

La campagne turque génocidaire contre la population chrétienne de langue grecque est motivée par la conviction de certains Turcs que pour former un pays moderne à l’ère du nationalisme, il faut purger leurs territoires toutes les minorités qui peuvent menacer l’intégrité d’une nation d’origine turque et musulmane.

Selon un attaché militaire allemand, le ministre ottoman de la guerre Ismail Enver a déclaré en octobre 1915 qu’il voulait “résoudre le problème grec pendant la guerre…  de la même manière qu’il croyait avoir résolu le problème arménien”, en parlant du génocide arménien

Le 31 janvier 1917, le chancelier allemand Theobald von Bethmann-Hollweg le déclare:

Il semble que les Turcs aient l'intention d'éliminer l'élément grec en tant qu'ennemi de l'État, comme ils l'ont fait précédemment avec les Arméniens. La stratégie mise en œuvre par les Turcs consiste à déplacer des personnes vers l'intérieur sans prendre de mesures pour leur survie en les exposant à la mort, la faim et la maladie. Les maisons abandonnées sont ensuite pillées et brûlées ou détruites. Tout ce qui a été fait aux Arméniens se répète avec les Grecs.

Theobald von Bethmann-Hollweg Chancelier impérial allemand de 1906 à 1917

Le début du génocide: des expulsions aux exécutions

Dès le printemps 1913, les Ottomans mettent en œuvre un programme d’expulsions et de migrations forcées, focalisé sur les Grecs de la région égéenne et de la Thrace orientale, dont la présence dans ces régions est considérée comme une menace pour la sécurité nationale.
Le gouvernement ottoman adopte un double plan lui permettant de nier toute responsabilité et toute connaissance préalable de cette campagne d’intimidation et de nettoyage des villages chrétiens.
La participation, dans certains cas, de militaires et de fonctionnaires locaux à la planification et à l’exécution de violences et de pillages anti-grecs a conduit les ambassadeurs de Grèce et des grandes puissances ainsi le Patriarcat à adresser des plaintes à la à la Sublime Porte auprès du grand vizir de Constantinople.

En signe de protestation contre l’inaction du gouvernement face à ces attaques et au boycott musulman des produits grecs initié en 1913, le Patriarcat ferme les églises et les écoles grecques en juin 1914.
En réponse aux pressions internationales et intérieures, Talaat Pacha, grand vizir et futur artisan des génocides grecs, assyriens et arméniens, diligente une visite en Thrace en avril 1914 et plus tard en Égée pour étudier les rapports et essayer de calmer les tensions bilatérales avec la Grèce.
Tout en affirmant qu’il n’est ni impliqué ni au courant de ces événements, Talaat Pacha rencontre Kuşçubaşı Sencer Eşref, responsable de l’opération “nettoyage” du littoral égéen et insiste sur le caractère secret de l’opération.

Destruction des villes et remplacement des populations

Dans la nuit du 12 juin 1914, à Phocée (en grec, Φώκαια), une ville de l’Anatolie occidentale proche de Smyrne,  les troupes irrégulières ottomanes (qui opèrent en marge de l’armée régulière) détruisentt la ville, et poussent sa population à fuir en Grèce.

La ville grecque de Phocée incendiée par les troupes irrégulières ottomanes en juin 1914.

La destruction de la ville pousse les villageois du district de Menemen (Turquie actuelle) à former des groupes de résistance armée, mais seulement quelques-uns réussissent à survivre face aux forces armées ottomanes qui les attaquaient.

Au cours de l’été 1914, l’Organisation spéciale (en turc Teşkilat-ı Mahsusa) est créée et placée sous l’autorité du Ministère de la Guerre avec une double double mission: celle d’exterminer les déportés grecs, assyriens et arméniens; et celle de faire de la propagande, de contre-espionnage, et d’assassinats ciblés dans l’Empire Ottoman et à l’étranger.
Avec l’aide de fonctionnaires du gouvernement ottoman et de l’armée, l’Organisation spéciale envoie de force des Grecs de Thrace et d’Anatolie occidentale dans des convois de travailleurs parmi lesquels des centaines de milliers de personnes périssent.
Après avoir été déportés à des centaines de kilomètres de chez eux, les déportés font des travaux forcés dans la construction de routes, la construction de bâtiments, le creusement de tunnels.
Les privations et les mauvais traitements qu’ils subissent rendent la survie difficile.
Leurs gardes ottomans massacrent régulièrement les déportés confinés dans des camps jusqu’à leur extermination complète.

Suite à des accords similaires conclus avec la Bulgarie et la Serbie, l’Empire ottoman signe un accord volontaire d’échange de population avec la Grèce le 14 novembre 1913.
Un autre accord de ce type est signé le 1er juillet 1914 pour l’échange d’Ottomans de Grèce contre des Grecs d’Aydın et de Thrace occidentale, après que les Ottomans aient forcé ces Grecs à quitter leurs foyers d’Asie Mineure en réponse à l’annexion grecque de plusieurs îles.
Cependant, l’échange n’est pas finalisé en raison de l’éclatement de la Première Guerre mondiale.
Alors que les discussions sur les échanges de population se poursuivaient, des unités de l’Organisation spéciale continuent à attaquer des villages grecs, forçant leurs habitants à abandonner leurs maisons pour émigrer en Grèce et les remplaçants par des Ottomans de l’Empire.

Des similarités avec le génocide arménien

L’expulsion forcée des chrétiens d’Anatolie occidentale, en particulier des Grecs présente de nombreuses similitudes avec la politique ménée par l’Empire ottoman à l’égard des Arméniens.
Dans les deux cas, certains responsables ottomans, tels que Şükrü Kaya, Nazım Bey et Mehmed Reshid, jouent un rôle prépondérant.
Dans les deux génocides, l’Organisation spéciale et ses unités d’extermination sont impliquées au même titre que les déportations et le travail forcé.
Dans le génocide grec comme dans le génocide arménien, un double plan est mis en œuvre par le gouvernement ottoman, combinant violence non officielle (armée irrégulière qui extermine les populations locales) et remplacement des populations exterminées pour soutenir une politique démographique nationale.

Le génocide Grec pontique durant la Première Guerre Mondiale

En novembre 1914, la politique ottomane à l’égard de la population grecque change. La politique génocidaire est mise entre parenthèses et se limite à à la migration forcée des Grecs de la Mer Noire vers l’arrière-pays anatolien.

Ce changement politique est dû à une demande allemande concernant la cessation des persécutions à l’encontre des Grecs pontiques.
Cette demande est motivée par le fait que ces exactions sont commises à proximité du front russo-ottoman et que les allemands ont besoin de leur allié ottoman.

De plus, Elefthérios Venizélos, considéré comme fondateur de la Grèce moderne et Premier ministre durant la Guerre, fait de la cessation des massacres une condition sine qua non pour que la Grèce demeure neutre durant le conflit.
Elefthérios Venizélos menace également d’entreprendre une campagne de persécution similaire contre les musulmans qui vivent en Grèce au cas où la politique ottomane ne change pas en faveur des Grecs d’Asie Mineure.

Bien que le gouvernement ottoman essaye de mettre en œuvre ce changement de politique, il manque de diligence. Les attaques et les assassinats continuent à se produire impunément contre les Grecs pontiques.
Les responsables locaux dans les provinces poursuivent l’entreprise de mort malgré les instructions répétées dans les câbles envoyés par le gouvernement central.
Les violences arbitraires et les confiscations de biens augmentent et donnent aux partisans de Venizélos des arguments pour que la Grèce adhère à la Triple Entente.

En juillet 1915, le chargé d’affaires grec a affirmé que les déportations:

(…) ne peuvent être qu’une guerre d’anéantissement contre la nation grecque en Turquie et qu’en tant que mesures, ils ont mis en œuvre des conversions forcées à l’Islam, dans le but évident que si après la fin de la guerre, il y a à nouveau une intervention européenne pour la protection des chrétiens, il en restera le moins possible.

Selon George W. Rendel, du ministère britannique des Affaires étrangères,en 1918: “plus de 500 000 Grecs furent déportés, dont relativement peu ont survécu”.

Dans ses mémoires, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Empire ottoman écrit entre 1913 et 1916:

Partout où les Grecs étaient rassemblés en groupes et, sous la prétendue protection des gendarmes turcs, ils étaient transportés, pour la plupart à pied, dans l’intérieur du pays. On ne sait pas exactement combien d’entre eux ont été dispersés de cette façon, les estimations variant de 200 000 à 1 000 000.

La pratique consistant à évacuer les colonies grecques et à réinstaller les habitants s’est poursuivie. La réinstallation vise des régions spécifiques considérées comme militairement vulnérables, et non l’ensemble de la population grecque.
L’évacuation de nombreux villages s’est accompagnée de pillages et d’assassinats, les morts sont nombreux.

La politique de l’Empire Ottoman à l’égard des Grecs change de nouveau à l’automne 1916.
Alors que les forces de la Triple-Entente occupent Lesbos, Chios et Samos depuis le printemps, les Russes  avancent en Anatolie et en Grèce, les ottomans préparent la déportation des Grecs vivant dans les zones frontalières.

En janvier 1917, Talaat Pacha envoie un câble pour lancer la déportation des Grecs du district Samsun “trente à cinquante kilomètres dans les terres” en prenant garde contre “toute attaque sur des personnes ou des biens”.
Cependant, l’exécution des décrets gouvernementaux ne se déroulent pas dans le respect des consignes.
Des hommes sont envoyés dans des colonies de travail, des femmes et des enfants sont attaqués, des villages pillés.

Le 14 janvier 1917, Cossva Anckarsvärd, ambassadeur de Suède à Constantinople, envoye un message concernant la décision de déporter les Grecs pontiques:

Ce qui apparaît surtout comme une cruauté inutile, c’est que la déportation ne se limite pas aux seuls hommes, mais s’étend également aux femmes et aux enfants. Cela est censé être fait pour pouvoir confisquer plus facilement les biens des déportés.

En mars 1917, la population d’Ayvalik, ville d’environ 30 000 habitants sur la côte égéenne est contrainte à la déportation par ordre du général allemand Liman von Sanders.
L’opération comprend des marches de la mort, des pillages, des tortures et des massacres contre la population civile.
Germanos Karavangelis, le métropolite de Samsun, rapport au Patriarcat que 30.000 personnes ont été déportées dans la région d’Ankara et que les convois des déportés ont été attaqués. Nombre d’entre eux sont morts.

Plus tard, en 1917, des instructions furent envoyées pour autoriser des officiers militaires à contrôler l’opération et pour élargir son champ d’action, incluant des personnes des villes dans la région côtière.

Les déportations impliquant des marches de la mort, la famine dans les camps de travail, sont qualifiées de “massacres blancs” par Rafet Bey, officier dans l’armée ottomane ayant pris une part active dans le génocide des Grecs. Il déclare:

Nous devons terminer les Grecs comme nous l’avions fait pour les Arméniens… J’envoie des équipes dans l’intérieur [du pays] pour tuer chaque Grec à vue “.

Les Grecs pontiques s’insurgent et s’arment en récupérant des armes sur les champs de bataille de la campagne du Caucase ou se fournissent directement auprès de l’armée russe.
Le 15 novembre 1917, les délégués du Comité spécial de Transcaucasie (Ozakom), une organisation russe ayant pour ambition d’offrir plus de libertés aux populations lde Transcaucasie, acceptent de créer une armée unifiée composée d’unités ethniquement homogènes, les Grecs se voient attribuer une division composée de trois régiments. La Division du Caucase grec est ainsi constituée de Grecs qui servent dans des unités russes stationnées dans le Caucase. La Division participéeà de nombreux engagements contre l’armée ottomane régulière et irrégulière, garantissant le retrait des réfugiés grecs dans le Caucase russe.

L’Ozakom ne survit pas à la Révolution d’Octobre 1917.

En 1917, le Comité de secours pour les Grecs d’Asie Mineure est créé en réponse aux déportations et massacres des Grecs de l’Empire ottoman. Le comité travaille en coopération avec le Near East Relief, une fondation américaine, pour distribuer de l’aide aux Grecs en Thrace et en Asie Mineure. L’organisation s’est dissoute au cours de l’été 1921, mais d’autres organisations d’aide ont poursuivi leurs activités d’aide aux Grecs persécutés.

La Guerre Gréco-Turque (1919 – 1922)

Après la capitulation de l’Empire Ottoman le 30 octobre 1918, les territoires de l’Empire passent sous le contrôle  des Alliés de l’Entente.
Cependant, ces derniers ne parviennent pas à traduire en justice les auteurs du génocide, en dépit du fait qu’on retrouve dans les tribunaux martiaux turcs de 1919-1920, un certain nombre d’accusations de hauts responsables ottomans pour avoir ordonné des massacres contre des Grecs et des Arméniens.

Ce manque de fermeté et de justice permet plus que probablement aux massacres et aux déportations de continuer après la Guerre sous couvert du mouvement national de Mustafa Kemal Atatürk.

Dans un rapport d’octobre 1920, un officier britannique décrit les conséquences des massacres sur İznik, dans le nord-ouest de l’Anatolie, où il estime qu’au moins 100 corps mutilés décomposés d’hommes, de femmes et d’enfants étaient présents dans et autour d’une grande grotte à environ 300 mètres des murs de la ville.

Le massacre et la déportation systématiques des Grecs en Asie Mineure, programme entré en vigueur en 1914, se fait l’écho des atrocités perpétrées par les armées grecque et turque pendant la guerre gréco-turque.
Ce conflit débute lors du débarquement (soutenu par la l’Entente) des troupes grecques à Smyrne en mai 1919 et se poursuit jusqu’à la reprise de Smyrne par les Turcs et le grand Incendie de Smyrne en septembre 1922.

Victimes du grand Incendie de Smyrne en 1922.

Le nombre de Grecs et d’Arméniens morts dans l’incendie et les massacres qui l’ont accompagné sont estimés à plus de 100.000.
Entre 150.000 et 200. 000 Grecs sont expulsés après l’incendie, tandis que 30.000 Grecs et Arméniens sont  déportés vers l’intérieur de l’Asie mineure, dont la plupart sont exécutés en chemin.

La fin du génocide grec et l’après-génocide

L’article 142 du Traité de Sèvres de 1920, qualifie le régime turc de terroriste et contient des dispositions “pour réparer autant que possible les torts infligés aux individus lors des massacres perpétrés en Turquie pendant la guerre“.
Le Traité de Sèvres n’a jamais été ratifié par le gouvernement turc et finalement remplacé par le Traité de Lausanne. Ce traité est accompagné d’une déclaration d’amnistie,  sans contenir aucune disposition relative à la répression des crimes de guerre.

En 1923, un échange de population entre la Grèce et la Turquie entraîne la fin presque complète de la présence grecque en Turquie et la fin similaire de la présence turque dans une grande partie de la Grèce.
Selon le recensement grec de 1928, 1.104.216 Grecs d’Asie Mineure ont émigré en Grèce.
Il est impossible de savoir avec précision combien d’habitants grecs de Turquie sont morts entre 1914 et 1923, et combien de Grecs d’Asie Mineure ont été expulsés en Grèce ou ont fui vers l’Union soviétique.

Des plans similaires d’échange de population avaient été négociés plus tôt, en 1913-1914, entre des responsables ottomans et grecs pendant la première phase du génocide grec mais ont été interrompus par le début de la Première Guerre mondiale.

En les 6 et 7 septembre 1955, a lieu le Pogrom d’Istanbul à l’encontre de la minorité grecque qui y réside encore. Ce pogrom accélère la fuite de la plupart des habitants grecs restés à Istanbul.

Le modèle génocidaire turc inspire le IIIème Reich

Le modèle de Kemal Atatürk est une source d’inspiration pour le mouvement nazi en Allemagne, sous la République de Weimar et durant le Troisième Reich.
Adolf Hitler déclare qu’il se considère lui-même comme un “étudiantde Kemal, qu’il nomme son “étoile dans l’obscurité”, Kemal Atatürk et sa politique nourrissent la formation de l’idéologie nationale-socialiste et se retrouvent intensément apparente dans la littérature nazie où Kemal Atatürk et sa nouvelle Turquie de 1923 constituent l’archétype du “parfait Führer” et des “bonnes pratiques nationales” du nazisme.

Les médias du IIIème Reich mettent en avant le modèle turc et n’ont de cesse de louer les bienfaits du nettoyage ethnique et du génocide.

Le Parti national-socialiste d’Adolf Hitler, dès ses premiers pas, s’inspire des méthodes de l’État turc.
Le journal officiel nazi Völkischer Beobachter, dans son numéro de février 1921, souligne avec admiration dans un article intitulé Le rôle modèle que:

La nation allemande n’aura un jour d’autre choix que de recourir aux méthodes turques.

Une publication nazie de 1925 exalte le nouvel État turc pour sa politique de purification, qui “jette l’élément grec à la mer”.
La majorité des écrivains du IIIème Reich souligne que le double génocide (contre les Grecs et les Arméniens) est une condition préalable au succès de la nouvelle Turquie comme le mentionne cette publication du Parti national-socialiste:

Ce n’est que par l’anéantissement des tribus grecque et arménienne en Anatolie que la création d’un État national turc et la formation d’un corps social turc sans faille au sein d’un État ont été possibles.

Comment reconnaître un génocide ?

Le terme génocide est forgé en 1943 durant la Seconde Guerre mondiale, pendant la Shoah, par Raphael Lemkin.
Dans ses écrits sur le génocide, Lemkin détaille le sort des Grecs dans l’Empire Ottoman.

En août 1946, le New York Times rapporte:

Le génocide n’est pas un phénomène nouveau et n’a pas été complètement ignoré dans le passé. (…) Les massacres de Grecs et d’Arméniens par les Turcs ont suscité une action diplomatique sans punition. Si le professeur Lemkin parvient à ses fins, le génocide sera considéré comme un crime international.

La Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPPCG) est adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 1948 et entre en vigueur en janvier 1951. Le génocide est défini en termes juridiques comme suit:

Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel:
a) Meurtre de membres du groupe;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Avant la création du terme génocide, la destruction des Grecs pontique est appelée par les Grecs “le massacre” (en grec : η Σφαγή), “la grande catastrophe” (η Μεγάλη Καταστροφή), ou “la grande tragédie” (η Μεγάλη Τραγωδία Τραγωδία).

Pourquoi le génocide grec n’est-il pas reconnu par l’ONU ou l’Europe ?

Les Nations Unies, le Parlement européen et le Conseil de l’Europe n’ont fait aucune déclaration à ce sujet.

Dans son livre With Intent to Destroy (Réflexions sur le génocide), Colin Tatz soutient que la Turquie nie le génocide pour ne pas mettre en péril “son rêve vieux de 95 ans de devenir le phare de la démocratie au Proche-Orient”.

Dans leur livre Negotiating the Sacred : Blasphemy and Sacrilege in a Multicultural Society, Elizabeth Burns Coleman et Kevin White présentent une liste de raisons expliquant l’incapacité de la Turquie à admettre les génocides commis par les jeunes Turcs:

Le négationnisme turc du génocide de 1,5 million d’Arméniens est officiel, déchiré, poussé, constant, endémique et croissant chaque année depuis les événements de 1915 à 1922.
L’État Turc finance des départements et des unités spéciales ayant pour mission à l’étranger de diluer, contrer, minimiser, banaliser et relativiser toute référence aux événements qui ont engendré un génocide d’Arméniens, de Grecs pontiques et de chrétiens assyriens en Asie mineure.

Selon Constantine Fotiadis, professeur d’histoire grecque moderne à l’Université Aristote de Thessalonique, certaines des raisons de l’absence d’une reconnaissance plus large de ces événements et du retard pris dans leur reconnaissance peuvent être expliquées par les éléments suivants:

Contrairement au traité de Sèvres, le traité de Lausanne de 1923 qui le remplace, ne fait aucune référence ou mention et scelle la fin de la “grande catastrophe” de l’Asie Mineure.
Un traité de paix entre la Grèce et la Turquie, le Traité d’amitié gréco-turc, est signé en juin 1930.
La Grèce fait plusieurs concessions pour régler toutes les questions en suspens entre les deux pays en échange de la paix dans la région.
La Seconde Guerre mondiale, la guerre civile, la junte militaire des Colonels et les troubles politiques qui ont suivi ont obligé la Grèce à se concentrer sur sa survie et d’autres problèmes plutôt que de chercher à faire reconnaître ces événements.

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