La Toussaint: le jour des morts ! Pourquoi la fête-t-on ?

Qu'est-ce que la Toussaint et d'où vient cette fête ? Découvrez l'Histoire de la Toussaint depuis l'antiquité jusqu'à nos jours...

Tout le monde connait la Toussaint et bénéficie du jour férié du 1er novembre. Profitez donc de ce temps de repos pour découvrir que l’Histoire de cette fête remonte à l’antiquité et a bien évolué depuis !

Qu’est-ce que la Toussaint ?

Avant toute exploration historique, tâchons de donner une définition de la fête de la Toussaint !

Comme son nom l’évoque, la Toussaint est la fête de tous les saints. Il s’agit d’une fête solennelle célébrée chaque 1er novembre par l’Église catholique latine. Cette fête honore tous les saints, connus et inconnus.

La Toussaint se déroule comme suit: sa liturgie débute le 31 octobre aux vêpres (correspondant au soir, quand il fait encore jour, donc entre 17h et 19h), et prend fin à la fin du premier novembre. La Toussaint précède une autre célébration instituée le 2 novembre et nommée la Commémoration des fidèles défunts. Plus connue sous le nom de “le jour des morts” durant laquelle Dieu offre aux âmes la délivrance du purgatoire et leur soulagement.

Qui est célébré à la Toussaint par l’Église ?

L’Église célèbre les saints connus et inconnus, cela signifie que d’une part les personnes canonisées devenues des saints sont célébrés, mais également “toute autre personne” n’ayant pas été canonisée mais ayant voué leur vie à l’Évangile et au service de tous.
L’Église catholique de France indique que

Cette fête est donc aussi l’occasion de rappeler que tous les hommes sont appelés à la sainteté, par des chemins différents, parfois surprenants ou inattendus, mais tous accessibles.

Origine historique de la Toussaint

Comme la plupart des fêtes chrétiennes, leur origine remonte à l’antiquité romaine tardive. Ces fêtes ont évolué avec les siècles et les modifications de culte et de catéchèse.

En ce qui concerne la Toussaint, son origine remonte au IVème siècle de notre ère durant lequel l’Église syrienne consacre un jour pour fêter l’ensemble des martyrs. Le problème c’est que ce nombre étant devenu tellement important qu’une commémoration individuelle devient impossible.

Au Vème siècle à Rome, le dimanche après la Pentecôte est le jour usuel pour célébrer les saints et les martyrs.

Le 13 mai 610, le Pape Boniface IV transforme le Panthéon (le temple romain dédié à tous les dieux romains), devenu depuis un sanctuaire dédié à tous les martyrs en une église Sainte-Marie-et-des-martyrs dédiée à tous les saints.
Il s’agit avant tout d’un effort du pape pour christianiser les traditions païennes nombreuses à cette époque.
Toussaint est alors célébrée le 13 mai en hommage à l’instauration de l’église Sainte-Marie-et-des-martyrs.

Cette coutume se répand en Occident, cependant chaque Église fête les saints et martyrs à des dates différentes pendant un peu plus de deux siècles.

C’est en 835, que le Pape Grégoire IV fixe la date au 1er novembre pour l’ensemble du monde catholique romain. La date de célébration de la Toussaint reste pour l’Église byzantine, le dimanche suivant la Pentecôte.
Louis-le-Pieux, fils de Charlemagne, soutient Grégoire IV et institue la Toussaint sur tout le territoire de l’empire carolingien.

Vers la fête des morts au IXème siècle

Dès 998, les clunisiens instituent une fête des morts le 2 novembre. A l’époque, il s’agit d’une célébration locale (Abbaye de Cluny) mais qui près de 250 ans plus tard se généralise en tant que la “commémoration des fidèles défunts” durant le XIIIème siècle.

Cette commémoration des fidèles défunts comme nous l’avons évoquée en début d’article apparaît de manière assez cohérente durant le XIIIème siècle et ne pouvait pas exister avant. La raison est très simple: avant le deuxième concile de Lyon en 1274, la notion de purgatoire n’existe pas !
Difficile donc d’offrir aux âmes la délivrance d’un lieu dont elles ne connaissent ni l’existence ni le concept…

… une fête qui devient une fête d’obligation, solennelle

Deux papes ont joué un rôle important dans l’obligation de fêter la Toussaint. Il s’agit du Pape Sixte IV et du Pape Pie XI. Ils ne sont en rien contemporains mais témoignent de l’évolution de Toussaint durant le deuxième millénaire.

Sixte IV en 1484 dote la fête de Toussaint d’une octave ou huitaine. Il s’agit d’une période de huit jours qui suivent une fête donnée. Cela en accroît le caractère solennel.

Pie XI quant à lui fait de la Toussaint une fête d’obligation en 1914. Cela accroît encore plus la solennité de la fête.
A l’heure actuelle, les peu de fêtes religieuses bénéficient de ce caractère solennel. En voici la liste exhaustive dans le code de droit canonique: 1er Janvier (Fête de Marie), 6 janvier (Épiphanie), 19 mars (Saint-Joseph), 40 jours après Pacques (Ascension du Seigneur), jeudi qui suit le dimanche de la Sainte Trinité (Très saint Corps et Sang du Christ), 29 juin (Solennité des saints Pierre et Paul), 15 août (Assomption de la Vierge marie), 1er novembre (Toussaint), 8 décembre (Immaculée-Conception), 25 décembre (Nativité).

Toussaint aujourd’hui

Bien que la distinction soit claire entre la fête de la Toussaint et celle de la Commémoration des fidèles défunts, et que ces deux fêtes ont lieu à des jours différents, le fait que le 1er novembre soit un jour férié a changé l’usage et la pratique: on commémore les morts le jour de la Toussaint au lieu du 2 novembre. Dans la pratique, la sécularisation de la société n’a pas fait disparaître la Toussaint mais cette fête religieuse est devenue au fil des années le maintient d’une tradition datant du XIXème siècle où les tombes sont fleuries et des chandelles allumées, symbolisant une vie heureuse après la mort.

Toussaint tradition fleurir tombes tableau chrysanthèmes émile friant jour des morts
La Toussaint, peint par Émile Friant en 1888. Ce tableau de la fin du XIXème siècle nous renseigne sur les traditions lors de la Toussaint: aller fleurir de chrysanthèmes les tombes et allumer des chandelles.

La légende dorée de Jacques de Voragine

Jacobus de Varagine ou Jacques de Voragine en français est archevêque de Gênes au XIIIème siècle. Il rédige la Legenda aurea (légende dorée) où il raconte l’origine de la Toussaint avec un point de style bercé par l’épique et le merveilleux caractéristiques de Moyen-Âge.
Ce texte se trouve numériquement sur le site de la bnf, n’hésitez pas à y jeter un coup d’oeil: Jacques de Voragine: la légende dorée.
En voici quelques extraits:

La Toussaint

La fête de la Toussaint a été instituée pour quatre objets :
en premier lieu, pour commémorer la consécration d’un temple,
en second lieu pour suppléer à des omissions;
en troisième lieu pour expier nos négligences,
en quatrième lieu pour nous faciliter l’accomplissement de nos vœux.

I] Voici d’abord l’histoire de la consécration du temple. Les Romains devenus maîtres du monde, avaient construit un temple énorme, au milieu duquel ils avaient placé leur idole; et tout à l’entour étaient les idoles de toutes les provinces conquises la face tournée vers l’idole des Romains. […] Mais bientôt ce temple ne suffit pas aux Romains, qui construisirent pour chaque dieu un temple particulier. Et comme tous les dieux ne ne pouvaient pas avoir un temple à eux dans la ville, les Romains, pour mieux étaler leur folie, construisirent en l’honneur de tous les dieux un temple plus admirable encore que les autres, et l’appelèrent le Panthéon, ce qui signifie le temple de tous les dieux. Pour tromper le peuple, les prêtres des idoles lui racontèrent que la déesse Cybèle, qu’ils appelaient la mère de tous les dieux, leur était apparue ; et cette déesse leur aurait dit que, si Rome voulait remporter la victoire sur toutes les nations, on eût à élever, à tous les dieux ses fils, un temple magnifique. Ce temple fut construit sur une base circulaire, afin de symboliser l’éternité des dieux.

Or, sous le règne de l’empereur Phocas, lorsque depuis longtemps déjà Rome était devenue chrétienne, le pape Boniface, quatrième successeur de Saint Grégoire, obtint de l’empereur le susdit temple, le débarrassa de toutes ses idoles, et, le 3 mai de l’année 605, le consacra à la Vierge Marie et à tous les martyrs : d’où il reçut le nom de Sainte-Marie aux Martyrs.

Plus tard, encore, un pape nommé Grégoire transporta au 1er novembre la date de la fête anniversaire de cette consécration : car à cette fête les fidèles venaient en foule, pour rendre hommage aux saints martyrs, et le pape jugea meilleur que la fête fut célébrée à un moment de l’année où les vendanges et les moissons étaient faites, les pèlerins pouvaient plus facilement trouver à se nourrir. En même temps, ce pape décréta qu’on célébrerait, ce jour là, dans l’Église tout entière, non seulement l’anniversaire de cette consécration, mais la mémoire de tous les saints. Et ainsi ce temple, qui avait été construit pour toutes les idoles, se trouve aujourd’hui consacré à tous les saints.

II] La fête de la Toussaint a été instituée pour suppléer à des omissions : car il y a beaucoup de saints que nous oublions, et qui non seulement n’ont pas de fête propre, mais qui ne se trouvent même pas commémorés dans nos prières. c’est en effet chose impossible que nous célébrions séparément la fête de tous les saints, tant à cause de leur innombrable quantité que de notre faiblesse et du manque de temps.

III] La fête de la Toussaint a été instituée pour expier des négligences. car bien que nous ne célébrions la fête que de peu de saints, encore négligeons-nous souvent ceux-là même, par ignorance ou par paresse. Et c’est de ce péché que nous pouvons nous délivrer en célébrant d’une façon générale tous les saints, le jour de la Toussaint. […]

IV] Enfin la fête de la Toussaint a été instituée pour nous faciliter l’obtention de nos vœux. De même que nous honorons en ce jour tous les saints, de même nous leur demandons d’intercéder, tous ensemble, pour nous, de façon à nous faire avoir plus facilement la miséricorde de Dieu. Les saints peuvent, en effet intercéder pour nous par leurs mérites et par leur affection : par leur mérite en ce que le surplus de leurs bonnes œuvres s’emploie à compenser nos fautes; par leur affection en ce qu’ils demandent à Dieu que nos vœux se réalisent, chose qu’ils ne font, cependant, que quand ils savent que cela ne contrarie pas la volonté de Dieu.

Et que, dans ce jour, tous les saints se joignent pour intercéder en notre faveur, c’est ce que prouve une vision qui eut lieu l’année qui suivit l’institution de cette fête. le jour de la Toussaint de cette année-là, le gardien de l’église de saint Pierre, après avoir pieusement fait le tour de tous les autels et imploré les suffrages de tous les saints, s’assoupit un moment devant l’autel de saint Pierre. Il fut alors ravi en extase et vit le Roi des Rois assis sur son trône, avec tous les anges autour de lui. Puis vint la Vierge des Vierges, avec un diadème de feu autour de la tête, et suivie de la foule innombrable des vierges.

Puis l’ange conduisit le gardien dans un autre lieu, où il lui montra des personnes des deux sexes, dont les unes étaient vêtues d’or, ou assises à des tables somptueuses, tandis que d’autres, nues et misérables, mendiaient du secours. Et l’ange dit au gardien : « Ce lieu est le Purgatoire. Les âmes que tu vois dans l’abondance sont celles qu’assistent copieusement les suffrages de leurs amis; les âmes de ces mendiants sont celles de personnes qui n’ont point d’amis, au ciel ni sur la terre, pour s’occuper d’elles. »

Et l’ange ordonna au gardien de rapporter tout cela au souverain pontife, afin que, après la fête de la Toussaint, il instituât la fête des Âmes, c’est-à-dire une fête où, du moins, des suffrages communs s’élèveraient au ciel en faveur de ceux qui n’avaient personne pour adresser en leur faveur des suffrages particuliers.

Le jour des âmes

L’Église a institué, en ce jour, la commémoration des fidèles défunts, afin d’accorder un bénéfice général de prières à ceux, parmi ces défunts, qui n’en possèdent point de particuliers. Cette fête a été instituée à la suite de la vision racontée au chapitre précédent. Pierre Damien raconte aussi que saint Odilon, abbé de Cluny, apprenant que l’on entendait souvent sortir de l’Etna les hurlements des démons et les voix plaintives d’âmes défuntes qui demandaient à être arrachées de leurs mains par des aumônes et des prières, décida que, dans les monastères de son ordre, la fête de la Toussaint serait suivie de la commémoration des âmes défuntes ; et cette décision fut ensuite approuvée par l’Église entière.

2 commentaires
  1. Lionel dit

    Bonjour,
    C’est simplement écrit, facilement compréhensible et parfaitement surprenant, comme d’habitude.
    Merci pour ces informations, merci pour ce site, merci à ceux qui l’anime.
    LM
    ( passionné de culture Gé et par les techniques. Et ça fait tant à apprendre…)

    1. Sam Zylberberg dit

      Merci Lionel :-)

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