Les styles architecturaux roman et gothique sont les principales manières de construire au Moyen-Âge. Le style roman a d’abord vu le jour et l’évolution des techniques d’architecture a permis la naissance du style gothique qui a progressivement remplacé l’architecture romane. Si l’art roman est basé sur l’équilibre des masses, l’art gothique, lui, est basé sur l’équilibre des forces. Cette simple différence explique les traits caractéristiques de chacun de ces styles, qui ont façonné le paysage européen pendant des siècles. Pour bien comprendre leurs particularités, il faut se pencher sur leur histoire, leur structure et leur philosophie. Tâchons de comprendre !
En bref : Tout savoir sur la différence entre l’architecture romane et gothique
- L’art roman (800-1200) est basé sur l’équilibre des masses, avec des murs épais, des arcs en plein-cintre et de petites ouvertures.
- L’art gothique (à partir de 1135) est basé sur l’équilibre des forces, utilisant des arcs brisés, des arcs-boutants et de grands vitraux.
- Les bâtiments romans sont massifs et sombres, rappelant des forteresses, tandis que les constructions gothiques sont élancées et lumineuses.
- Le style gothique a révolutionné l’architecture en permettant de construire des édifices beaucoup plus hauts et plus légers.
- Les innovations comme la voûte sur croisée d’ogives et les arcs-boutants ont été la clef de l’élévation des cathédrales gothiques.
L’architecture romane : l’art de l’équilibre des masses
L’architecture romane s’est développée aux alentours de 800 après J.-C. et est restée prédominante jusqu’à 1200 après J.-C. environ. Il s’agit d’un mélange d’influences, dont l’architecture romaine classique, l’architecture byzantine ainsi que l’architecture islamique (pour exemple, l’arc-brisé qui permet la naissance de l’architecture gothique a été importé de Syrie au Xème siècle durant les Croisades). Trois principaux types de structures se sont développés pendant la période romane : les églises et cathédrales, les châteaux et les monastères, de grandes et imposantes structures utilisées comme fortifications et pour le culte. Les structures romanes à grande échelle sont en partie le résultat du monachisme, un mouvement dans lequel les membres de groupes religieux, comme les moines, vivent et pratiquent leur culte à l’écart de la population, en fonction des heures canoniales. C’est ce qu’on appelle le clergé régulier par opposition au clergé séculier composé des hommes d’église qui vivent « dans le siècle », au contact de la population. Dans le même temps, l’Europe est toujours menacée par des raids et des guerres entre royaumes, de sorte que les monastères servent également de structures défensives.
En conséquence, les bâtiments romans ressemblent à des forteresses, avec des voûtes en plein-cintre ou en berceau, en pierre au lieu de toits en bois. Une voûte est une structure de soutien interne composée d’une série d’arcs reliés entre eux, généralement pour les plafonds. Les voûtes en berceau sont nommées comme cela parce qu’elles étaient constituées d’arcs romains arrondis composés de blocs qui tenaient grâce à l’équilibre de leur masse, les uns contre les autres. L’intérieur des bâtiments est réalisé en forme de croix avec de grands piliers, des murs porteurs entre les arcs, ou des colonnes et des murs de pierre épais avec peu de fenêtres. Les entrées des bâtiments romans étaient dotées d’arcs arrondis. Les éléments structurels, tels que les arcs, les piliers et les voûtes, confèrent à l’architecture romane un caractère robuste. De par la lourdeur des murs et la taille des pierres, les fenêtres sont petites car de grandes fenêtres mettraient en péril l’équilibre de cette architecture basée sur l’équilibre des masses. De plus, l’architecture romane recourt à l’usage de contreforts pour contenir les effets de la masse et de la poussée des arcs et des voûtes.
L’architecture gothique : la révolution des forces
L’architecture gothique a évolué à partir de l’architecture romane. Elle s’est d’abord développée en France vers 1335 et a incorporé de nombreux éléments nouveaux qui ont donné naissance à des églises plus grandes et plus verticales. Les techniques de construction nouvelles et améliorées comprenaient la voûte nervurée, un style de voûte plus léger et équilibré qui réduisait le poids du plafond et permettait des structures plus hautes. Les murs étaient soutenus par des arcs-boutants, des supports extérieurs autoportants en maçonnerie qui combinaient des éléments de piliers, de demi-arcs et de contreforts extérieurs.
Les églises gothiques ont progressivement ajouté de grands vitraux, notamment des fenêtres circulaires massives appelées rosaces, grâce au tracé, ainsi nommé parce que l’approche ressemblait à un contour. La tracerie ou remplage désigne les supports en pierre placés entre les sections ou les rangées de fenêtres. Ces supports en forme de toile aident à répartir le poids tout en permettant une plus grande hauteur de la structure. Les portes et les fenêtres étaient également dotées d’arcs pointus et les structures comprenaient souvent des tours et des flèches effilées s’élevant vers le ciel.
Ceci explique, à la différence de l’art roman qui ne permet que de petites ouvertures et de petites fenêtres car il est basé sur l’équilibre des masses, que l’art gothique permet de grandes fenêtres et ouvertures grâce à son architecture basée sur l’équilibre des forces.
Les différences stylistiques entre l’architecture romane et gothique
Les structures romanes véhiculent une impression de lourdeur, avec des murs épais et peu de fenêtres, rappelant leur double rôle de lieux de culte et de fortifications défensives. Les bâtiments gothiques, en revanche, avec leurs nombreux vitraux et leurs murs plus fins, parviennent à prendre de la hauteur. Les bâtiments romans utilisent des arcs arrondis, tandis que les structures gothiques privilégient les arcs ogivaux, deux diagonales qui se croisent en un point, devenu une expression, la clef de voûte. C’est du reste parce que les ogives se croisent à la clef que la voûte qu’elles supportent s’appelle voûte sur croisée d’ogives.
En raison de ces différences structurelles, les intérieurs romans sont lourds et massifs, tandis que les intérieurs gothiques sont vastes et lumineux.
En résumé
L’architecture romane est apparue vers 800 après J.-C., en partie en raison du besoin croissant d’églises plus grandes à mesure que le monachisme, ou les communautés religieuses isolées, prenait de l’ampleur. La nécessité de fortifications défensives a également eu un impact sur ce style massif, qui a donné naissance à de grandes structures dotées d’épais murs de pierre, d’arcs en plein-cintre arrondis et de lourdes voûtes en berceau pour les plafonds. Les bâtiments romans comportaient également des piliers, des segments de mur porteurs entre les arcs. L’architecture gothique, qui a vu le jour en France vers 1135, a évolué à partir de l’architecture romane et a mis l’accent sur l’espace vertical. Ses principales caractéristiques sont les voûtes d’ogive, ou plus précisément voûtes sur croisée d’ogives, qui réduisent le poids des plafonds, et les arcs-boutants, ou supports structurels externes qui permettent de construire des murs plus hauts et plus minces. Les traceries relient et soutiennent les vitraux, dont l’utilisation s’est accrue au cours de la période d’architecture gothique.
Conclusion
En conclusion, la transition de l’architecture romane vers l’architecture gothique est bien plus qu’un simple changement de style ; c’est une révolution technique et philosophique. L’art roman, avec ses constructions massives et ses murs épais, incarne la puissance et la solidité, faisant de la pierre un élément de base pour l’équilibre des masses. L’art gothique, quant à lui, a libéré la pierre de son rôle de simple matériau porteur pour la transformer en un réseau complexe de forces et de poussées. Les innovations comme la voûte d’ogives et l’arc-boutant ont rendu possible l’impensable : élever des structures vertigineuses, baignées de lumière par de grandes fenêtres. En passant de l’équilibre de la masse à celui des forces, l’architecture gothique a élevé la spiritualité vers le ciel et a donné naissance à des chefs-d’œuvre qui continuent de nous émerveiller aujourd’hui.
FAQ : tout savoir sur l’architecture romane et gothique
Quand se sont développés les styles roman et gothique ?
L’architecture romane s’est développée à partir de l’an 800 et a dominé jusqu’au XIIème siècle. L’architecture gothique a commencé à émerger en France vers 1135 et a progressivement supplanté le style roman.
Quelle est la principale différence entre l’architecture romane et gothique ?
La différence fondamentale réside dans leur conception : l’art roman est basé sur l’équilibre des masses, avec des murs épais, tandis que l’art gothique est basé sur l’équilibre des forces, avec une répartition plus ingénieuse des poussées.
Qu’est-ce qu’un arc en plein-cintre ?
L’arc en plein-cintre est un arc en demi-cercle, typique de l’architecture romane. Il repose sur des murs et des piliers très épais pour supporter le poids de la structure.
Comment reconnaît-on une voûte romane ?
Les voûtes romanes les plus courantes sont les voûtes en berceau, qui sont des arcs en plein-cintre allongés. Elles sont massives et imposent des murs très épais et peu d’ouvertures.
Qu’est-ce qu’un arc ogival et une voûte sur croisée d’ogives ?
Un arc ogival est un arc brisé, qui se termine en pointe. Lorsque quatre de ces arcs se croisent pour soutenir le plafond, on parle de voûte sur croisée d’ogives. C’est un élément clé de l’architecture gothique qui permet de répartir le poids sur des piliers et non plus sur les murs.
Quel est le rôle des arcs-boutants ?
Les arcs-boutants sont des supports extérieurs en pierre, typiques de l’architecture gothique. Ils canalisent la poussée des voûtes et des murs vers le sol, libérant ainsi les murs de leur fonction de soutien et permettant d’y intégrer de grandes baies vitrées.
Pourquoi les églises romanes ont-elles de petites fenêtres ?
Les églises romanes ont de petites fenêtres, car leurs murs doivent être épais et solides pour supporter le poids de la structure. Des ouvertures plus grandes compromettraient la stabilité de l’édifice.
Pourquoi les églises gothiques sont-elles si lumineuses ?
Grâce aux arcs-boutants et aux voûtes sur croisée d’ogives, les architectes gothiques ont pu affiner les murs et créer de très grandes ouvertures. Ces ouvertures ont été comblées par d’immenses vitraux et rosaces, laissant entrer la lumière de manière spectaculaire.
Comment les intérieurs des bâtiments romains et gothiques diffèrent-ils ?
Les intérieurs romans sont souvent sombres, massifs et compartimentés, donnant une impression de lourdeur. Les intérieurs gothiques, grâce à leurs grandes fenêtres et leur hauteur, sont vastes, lumineux et élancés, avec un espace unifié.
Qu’est-ce qu’une rosace ?
Une rosace est une grande fenêtre circulaire ornée de vitraux et de tracerie, très répandue dans l’architecture gothique. Elle est souvent située au-dessus du portail et symbolise la lumière divine.
Quel est le rôle du clergé régulier dans l’architecture romane ?
Le monachisme, ou clergé régulier, a joué un rôle important dans le développement de l’architecture romane. Les monastères sont devenus des centres de culte et d’étude, nécessitant la construction de grandes églises. Leur fonction défensive a également influencé le style massif et fortifié de ces bâtiments.
Comment se nomme l’élément de la voûte d’ogive à laquelle les ogives se croisent ?
Les ogives se croisent au niveau de la clef de voûte, une pierre centrale qui verrouille la structure et permet de répartir le poids des ogives sur les piliers.
Quels sont des exemples célèbres de ces deux styles ?
Parmi les exemples d’architecture romane, on peut citer l’église Saint-Quentin de Tournai et l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Pour l’architecture gothique, les exemples les plus célèbres sont la cathédrale Notre-Dame de Paris et la cathédrale de Chartres.