Les mises en quarantaine à travers l’Histoire

Le recours aux quarantaines comme protection contre la propagation des maladies existe depuis l’antiquité.
L’isolement et le confinement des personnes malades ont été les prédécesseurs de la quarantaine en tant que technique systématique.

Qu’est-ce que la quarantaine ?

Une quarantaine est une restriction de la circulation des personnes et des biens qui vise à empêcher la propagation de maladies ou de parasites. Elle est souvent utilisée en rapport avec des maladies et des affections, empêchant la circulation de ceux qui peuvent avoir été exposés à une maladie transmissible, mais qui n’ont pas de diagnostic médical confirmé. Le terme est souvent utilisé comme synonyme d’isolement médical, dans lequel les personnes dont l’infection par une maladie transmissible est confirmée sont isolées de la population saine.

La quarantaine peut être utilisée de manière interchangeable avec le cordon sanitaire, et bien que les deux termes soient liés, le cordon sanitaire fait référence à la restriction des mouvements des personnes à l’intérieur ou à l’extérieur d’une zone géographique définie, telle qu’une communauté, afin d’empêcher la propagation d’une infection.

Quand a lieu la quarantaine ?
L’isolement est établi lorsque les personnes qui appartiennent au cercle rouge sont limitées dans leurs mouvements.
La quarantaine est établie lorsque les personnes appartenant au cercle jaune sont également restreintes dans leurs déplacements.

La quarantaine peut être appliquée aux humains, mais aussi aux animaux de toutes sortes ou encore aux plantes, et ce, tant dans le cadre du contrôle des frontières qu’à l’intérieur d’un pays.

D’où vient le mot quarantaine ?

Étymologiquement, le mot quarantaine vient de quarantena, une variante de l’italien quaranta giorni, qui signifie “quarante jours”, utilisé dans le dialecte vénitien des XIVème et XVème siècles et désignant la période pendant laquelle tous les navires devaient être isolés avant que les passagers et l’équipage puissent descendre à terre pendant l’épidémie de peste noire; il suivait le trentino, ou période d’isolement de trente jours, imposée pour la première fois en 1377 à Raguse, ville dominée par les Vénitiens.

En français, le mot quarantaine évolue de manière sémantique. Il est attesté dès 1180 pour signifier “espace de quarante jours” en période du carême.
La définition de quarantaine vers l’isolement d’individus s’atteste en français dès 1635.

Histoire de la mise en quarantaine

Des recommandations bibliques à la première mise à l’écart d’une population

Une première mention de l’isolement se trouve dans le livre biblique du Lévitique, écrit au septième siècle avant J.-C. ou peut-être avant, qui décrit la procédure de séparation des personnes infectées pour empêcher la propagation de la maladie sous la loi mosaïque. Les connaissances juives concernant l’utilité de l’isolement apparaissent dans le treizième chapitre, en réponse à une maladie de la peau (très probablement la lèpre, causée par mycobacterium leprae).

Si la tache brillante sur la peau est blanche mais ne semble pas plus profonde que la peau et que le poil n’est pas devenu blanc, le prêtre doit isoler la personne affectée pendant sept jours. Le septième jour, le prêtre doit l’examiner et s’il constate que la plaie n’a pas changé et ne s’est pas étendue à la peau, il doit l’isoler pendant sept jours supplémentaires.

S’en suivent des offrandes et un sacrifice d’agneau à Dieu dans l’optique de guérir le patient.

Les rabbins ont confiance dans le fait que Dieu guérirait les affligés et protégerait les non infectés. Ces méthodes de prévention des maladies ne relèvent pas de la définition de la quarantaine, plutôt d’une tentative d’isolement.

Près d’un millier d’années plus tard, en 541 de notre ère, la première épidémie de ce que l’on a appelé la peste bubonique a été enregistrée. Originaire d’Arabie et du Pélus, la peste inonde la Syrie, la Perse et la Palestine avec des poussées soudaines de fièvre suivies d’un effondrement, de l’apparition de bubons, de délire, de vomissements de sang et de la mort. Cet épisode épidémique a pris les caractéristiques d’une pandémie de par sa dispersion par-delà les frontières. Cette peste est appelée peste de Justinien, la maladie atteint la capitale byzantine de Constantinople en 542. Selon l’historien Procope de Césarée (500 – 565), la maladie a tué jusqu’à 10.000 personnes par jour et a anéanti 40 % de la capitale.

L’empereur Justinien (482 – 565) a contracté la peste, mais il a survécu et s’est immunisé contre ses effets. Réalisant l’ampleur de l’épidémie, il a rapidement mis en place des procédures pour se débarrasser des nombreux cadavres dans sa capitale. Des fonds publics ont été mis de côté pour payer les fossoyeurs, et des bateaux ont été employés  pour jeter les corps en mer. Une série de lois ont été promulguées contre les individus qu’il jugeait responsables de l’épidémie, notamment les Juifs, les Samaritains, les païens, les hérétiques, les Ariens, les Montanistes et les homosexuels.
Ces lois ont créé une mise en quarantaine autour de Constantinople de ces populations.

Il faut cependant préciser que cette quarantaine stigmatisante est du reste très poreuse. Les lois discriminatoires de Justinien ont créé une forme de quarantaine pour les personnes considérées comme différentes des chrétiens de Constantinople et accusées d’avoir causé cette terrible épidémie.
Justinien a donc tenté d’arrêter leur mouvement. Ces minorités n’étaient pas plus coupables dans leur rôle de porteurs de la peste que les chrétiens qui avaient la maladie, mais le racisme et l’agression contre les groupes dissidents du règne de Justinien ont joué un rôle majeur dans leur marquage comme source de l’épidémie. La quarantaine décrétée par Justinien s’est avérée pratiquement inutile et n’a rien fait pour arrêter la propagation de la peste. Il s’agit cependant de la première mise en quarantaine notable de l’Histoire.

Les quarantaines dans le monde musulman

La quarantaine hospitalière obligatoire de groupes spéciaux de patients, dont ceux atteints de la lèpre, a commencé très tôt dans l’histoire de l’Islam. Entre 706 et 707, le sixième calife Omeyyade Al-Walid I a construit le premier hôpital à Damas et a donné l’ordre d’isoler les personnes infectées par la lèpre des autres patients de l’hôpital. La pratique de la quarantaine obligatoire de la lèpre dans les hôpitaux généraux a continué jusqu’en 1431, lorsque les Ottomans ont construit un hôpital spécialisé pour les lépreux à Edirne.

Les quarantaines au Moyen-Âge contre la lèpre et la peste

En 1321, le roi de France Philippe V promulgue une ordonnance royale et des mesures sanitaires de quarantaine  pour séparer socialement les lépreux des non lépreux. La lèpre fait partie du quotidien des gens au Moyen-Âge, et de nombreuses villes abritent des léproseries à l’écart de leur centre pour contenir les patients.

Comme expliqué dans la partie étymologie de l’article, le mot quarantaine vient de quarantena, la forme dialectale vénitienne de l’italien quaranta giorni, qui signifie “quarante jours”. Ceci est dû à l’isolement de 40 jours des navires pratiqué comme mesure de prévention des maladies liées à la peste.
Entre 1347 et 1352, la peste noire a anéanti environ 30% de la population européenne et un pourcentage important de la population asiatique. Une telle pandémie a conduit les gouvernements à mettre en place des mesures de confinement pour faire face aux épidémies récurrentes.

Un document de 1377 stipule qu’avant d’entrer dans la ville-état de Ragusa (Dubrovnik moderne en Croatie), les nouveaux arrivants devaient passer 30 jours (une trentine) dans un lieu restreint, à l’origine des îles voisines, en attendant de voir si les symptômes de la peste noire allaient se développer

En 1448, le sénat vénitien prolonge la période d’attente à 40 jours, donnant ainsi naissance au terme quarantaine. La quarantaine de quarante jours s’est avérée être une formule efficace pour faire face aux épidémies de peste. Selon les estimations actuelles, la peste bubonique se déroulait sur une période de 37 jours entre l’infection et la mort. Par conséquent, les quarantaines européennes auraient été très efficaces pour déterminer la santé des équipages des navires de commerce et de ravitaillement potentiels.

Comment se transmet une maladie ?
La séquence des événements au cours d’une maladie simple, directement transmise.
La dynamique de la maladie est représentée dans A et la dynamique de linfectiosité dans B.
Les victimes peuvent cesser d’être infectieuses avant la fin de la période symptomatique.

D’autres maladies se sont prêtées à la pratique de la quarantaine avant et après la pandémie de la peste. Les personnes atteintes de la lèpre ont été historiquement isolées à long terme de la société, et des tentatives ont été faites pour enrayer la propagation de la syphilis dans le nord de l’Europe après 1492.

D’autres mesures préventives sont réalisées à Modène en 1374.

L’apparition des lazarets au XVème siècle

Venise a fondé le premier lazaret en 1403 sur une petite île adjacente à la ville. Un lazaret est un établissement de mise en quarantaine des équipages, passagers et marchandises qui proviennent de ports touchés par la peste.

Lazzaretto Vecchio
Lazzaretto Vecchio, l’ancien lazaret de Venise.

En 1467, Gênes a suivi l’exemple de Venise, et en 1476, l’ancien hôpital des lépreux de Marseille a été transformé en hôpital de la peste.

Le grand lazaret de Marseille, peut-être le plus complet de son genre, a été fondé en 1526 sur l’île de Pomègues. La pratique dans tous les lazarets de la Méditerranée ne différait pas de la procédure anglaise dans le commerce levantin et nord-africain. À l’arrivée du choléra en 1831, de nouveaux lazarets furent installés dans les ports occidentaux, notamment un établissement très étendu près de Bordeaux.

Des siècles de peste et de confinements: cas de quarantaine volontaire à Eyam, Angleterre en 1666

En Angleterre, comme dans le reste de l’Europe, la peste noire a persisté et tourmenté les populations pendant plusieurs centaines d’années. Les grandes villes anglaises étaient particulièrement vulnérables car les mauvaises conditions sanitaires et la surpopulation massive ont facilité les épidémies.
La dernière d’une longue série de pandémies, la Grande Peste de Londres en 1665, a tué entre 75 000 et 100 000 citoyens de la capitale.

Dans la campagne anglaise, le petit village d’Eyam s’est imposé une quarantaine en 1666, après que ses citoyens aient commencé à mourir de maladie. Alors que la cause de la pandémie était traditionnellement attribuée à la peste noire, le rythme auquel les gens étaient tués était bien trop rapide pour assurer le temps d’incubation adéquat de la peste. De plus, l’emplacement d’Eyam (à 260 kilomètres au nord de Londres) et le type d’habitations du village ont empêché la propagation des rats nécessaires à l’établissement d’une base épizootique pour la peste bubonique. Enfin, certains symptômes de la maladie d’Eyam ne correspondaient pas aux descriptions traditionnelles de la peste. Une explication de ces symptômes pourrait être la nécrose des organes internes, qui ne correspond pas au profil de la peste bubonique. Ce dont personne ne se rendait compte à l’époque, c’est que si la maladie était bien la peste bubonique comme on le soupçonnait, la quarantaine volontaire n’aurait aucun effet sur une hypothétique population de rats qui serait libre de se déplacer vers les villages voisins et de continuer ainsi la propagation de l’épidémie. Cependant, la quarantaine réussie a encore renforcé la théorie selon laquelle la peste bubonique n’a pas causé l’épidémie.

Quelle que soit la cause réelle de l’épidémie d’Eyam, à l’instigation de William Mompesson, le recteur d’Eyam, la quarantaine est imposée fin mai ou début juin 1666. D’un commun accord, les citoyens du village ont accepté de se limiter à un rayon d’environ un 800 mètres autour du village. Les villes voisines et divers seigneurs laissent de la nourriture et d’autres fournitures en plusieurs points prédéterminés à la limite du village. Ces méthodes de quarantaine ont empêché la maladie de se propager en dehors de la zone circonscrite et confinée. Selon le registre paroissial de Eyam, dans le village, 260 personnes sont mortes à cause de la maladie. Les estimations de la population globale de la communauté se situent entre 350 et 800 personnes. Une étude complète de l’épidémie d’Eyam a conclu que la population totale du village se situait entre 688 et 800 citoyens, ce qui signifie que l’épidémie a tué entre 33 et 38 % de la population.
Cette quarantaine est vue comme une réussite.

Les conventions internationales 1852 – 1927

Depuis 1852, plusieurs conférences ont été organisées avec le concours de puissances européennes, en vue d’une action uniforme pour empêcher l’infection en provenance de l’Est et prévenir sa propagation en Europe. Toutes ces conférences, sauf celle de 1897, étaient consacrées au choléra. Celles de Paris (1852), Constantinople (1866), Vienne (1874) et Rome (1885) n’ont pas donné de résultats, mais chacune des conférences suivantes a adopté une doctrine d’infection constructive. L’objectif de chaque convention sanitaire internationale était de contraindre les gouvernements à un minimum uniforme d’action préventive, des restrictions supplémentaires étant autorisées pour chaque pays. Le minimum fixé par les conventions internationales était très proche de la pratique britannique, qui avait été à son tour adaptée à l’opinion continentale en matière d’importation de chiffons.

L’un des premiers points à traiter en 1897 a été de régler la période d’incubation de cette maladie, et la période à adopter à des fins administratives. Il a été admis que la période d’incubation était, en règle générale, relativement courte, à savoir de trois ou quatre jours environ. Après de nombreuses discussions, dix jours ont été acceptés à une très large majorité. Le principe de la notification des maladies a été adopté à l’unanimité.
Chaque gouvernement devait notifier aux autres gouvernements l’existence de la peste sur son territoire, tout en précisant les mesures de prévention prises pour empêcher sa diffusion. La zone considérée comme infectée était limitée au district ou au village où la maladie prévalait effectivement, et aucune localité n’était considérée comme infectée du seul fait de l’importation de quelques cas de peste alors qu’il n’y a pas eu de diffusion de la maladie.
En ce qui concerne les précautions à prendre aux frontières terrestres, il a été décidé que pendant la prévalence de la peste, chaque pays avait le droit inhérent de fermer ses frontières terrestres contre la circulation.
En ce qui concerne la mer Rouge, il a été décidé, après discussion, qu’un navire sain pouvait passer par le canal de Suez et poursuivre son voyage en Méditerranée pendant la période d’incubation de la maladie dont la prévention est en question. Il a également été convenu que les navires passant par le canal en quarantaine pourraient, sous réserve de l’utilisation de l’éclairage électrique, mettre du charbon en quarantaine à Port Saïd de nuit comme de jour, et que les passagers pourraient embarquer en quarantaine dans ce port. Les navires infectés, s’ils ont à leur bord un médecin et sont équipés d’un poêle désinfectant, ont le droit de naviguer sur le canal, en quarantaine, sous réserve uniquement du débarquement de ceux qui souffraient de la peste.

Du cordon sanitaire au confinement total lors de la pandémie de coronavirus COVID-19

Lors de l’épidémie de coronavirus de 2019-20, un cordon sanitaire a été imposé à Wuhan (berceau de l’épidémie) et à d’autres grandes villes de Chine, touchant environ 500 millions de personnes, ce qui est d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité, pour limiter la vitesse de propagation de la maladie. Le confinement de Wuhan, et par la suite la mise en quarantaine à plus grande échelle dans toute la province du Hubei, a commencé le 23 janvier 2020. À ce stade, la propagation du virus en Chine continentale se faisait à un rythme d’environ 50 % de cas par jour. Le 8 février, le taux de propagation journalier est tombé en dessous de 10 %.. Au jour du 19 mars 2020, aucun nouveau cas de coronavirus n’a été détecté en Chine.

Expansion du coronavirus COVID-19
Expansion du coronavirus COVID-19

Le 22 février 2020, un cordon sanitaire a été imposé à un groupe d’au moins 10 municipalités différentes du nord de l’Italie, mettant en quarantaine plus de 50 000 personnes. Cela a suivi un deuxième jour où les cas déclarés détectés ont fait un bond énorme (la période du 21 au 23 février a vu des augmentations quotidiennes de 567%, 295% et 90% respectivement). Une semaine plus tard, le taux d’augmentation des cas en Italie a été considérablement réduit (la période du 29 février au 4 mars a vu des augmentations quotidiennes de 27%, 50%, 20%, 23% et 23%).

Le 8 mars 2020, une région beaucoup plus vaste du nord de l’Italie a été placée sous restriction de quarantaine, impliquant environ 16 millions de personnes. Le lendemain, la quarantaine a été étendue à l’ensemble de l’Italie, avec effet au 10 mars 2020, plaçant environ 60 millions de personnes en quarantaine.

De nombreux autres pays ont emboîté le pas de l’Italie et de la Chine en termes de confinement comme la France et la Belgique, limitant au minimum les interactions sociales et ne permettant l’ouverture qu’aux commerces alimentaires. De plus des mesures de distanciation sociale sont appliquées partout de par le monde pour freiner la transmission du virus lors des interactions sociales entre les individus.

Sam Zylberberg
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