Étudier un calendrier agricole, le village de forêt dense Ziombi

Plongée dans un village de Côte d'Ivoire autour de son calendrier agricole

Intéressons-nous à une analyse très spécifique en géographie, celle d’un calendrier agricole. Cela consiste en comprendre la répartition des tâches des paysans tout au long de l’année, l’analyse des cultures et du type d’agriculture -dite sur brûlis- pratiquée.

Situation géographique de Ziombli et climat

Situation géographique de Ziombli en Côte d'Ivoire. Vue par satellite.
Situation géographique de Ziombli en Côte d’Ivoire. Vue par satellite.

Ziombli est un village de Côte d’Ivoire son climat équatorial chaud et humide. La moyenne annuelle des précipitations est de 1100mm, il pleut tous les mois de l’année. Toutefois, il faut noter l’alternance de saisons dites « sèches » et de deux saisons de pluies.

La température moyenne varie peu pendant l’année, elle se situe aux environs de 27° C.

 

Le milieu de la forêt dense est insalubre. De multiples parasites y prolifèrent, transmettant des maladies  graves qui épuisent les hommes.

Ziombli est issu du regroupement de trois localités plus petites. Les espaces cultivés par les trois anciens villages ne forment plus qu’un seul terroir (territoire villageois à l’intérieur de frontières fixées par la loi et territoire cultivé variable d’une année à l’autre).

Carte forêt primaire secondaire dense Ziombli culture vivrières commerciales agriculture brûlis
Carte de l’agglomération de Ziombli issu du regroupement de trois villages. Les limites du territoires sont fixées sur la carte et nous pouvons également distinguer le type de culture (vivrière, c’est-à-dire pour vivre, le riz, manioc, maïs; commerciale, pour la vente, le café et le cacao.

Le calendrier agricole

Calendrier agricole des cultures vivrières et commerciales du village de Ziombli en Côte d'Ivoire. Il permet d'analyser les tâches occupées par les paysans durant l'année
Calendrier agricole des cultures vivrières et commerciales du village de Ziombli en Côte d’Ivoire. Il permet d’analyser les tâches occupées par les paysans durant l’année.

Étude du calendrier agricole

L’année est divisée en deux périodes, l’une d’intense activité agricole de février à juillet, l’autre plus calme d’août à janvier.

Le paysan passe beaucoup de temps à créer son champ : en général de janvier à mai.

Les semis s’effectuent en juin.

Le temps réservé à la construction des clôtures est considérable. Ce travail est lié à la rupture d’un équilibre biologique. Autrefois les panthères se nourrissaient des petits rongeurs (les agoutis), l’élimination des panthères (déforestation et chasse au fusil) a entraîné une prolifération de ces rongeurs, très friands des pousses de riz. Les clôtures servent à s’en protéger.

Depuis l’apparition de la culture du café vers 1930, le paysan lui consacre beaucoup de temps malgré un médiocre entretien de sa plantation.

Le nettoyage avant la récolte, sans lequel il n’est pas possible de procéder à la cueillette, puis la récolte elle-même, occupent le paysan trois mois (juin, juillet, août) puis deux autres (novembre, décembre).

Impact de cultiver plusieurs cultures

Le fait de se livrer à deux cultures qui occupent le paysan à la même époque revient nécessairement à négliger l’une ou l’autre. Ici, le paysan néglige les cultures commerciales. C’est pour cela que le nettoyage de la plantation se poursuit jusqu’en octobre alors que les fruits du café sont déjà formés et risquent de tomber.

Les villageois consacrent 23% de leur temps aux cultures vivrières et 12% aux cultures commerciales.

Malgré le grand nombre d’heures passées à travailler, la production de riz est insuffisante. Il existe chaque année une période de deux ou trois mois de disette (manque de nourriture) que l’on appelle la soudure : c’est le moment où la quantité de riz récoltée l’année précédente, est épuisée, alors que le riz de l’année n’est pas encore prêt pour la récolte.

Les travaux agricoles sont à la fois effectués par les hommes (tâches les plus pénibles) et par les femmes.

Organisation et structure sociale de Ziombli

Population

Le taux de natalité est très important, la pyramide des âges présente une base très aplatie, indice de l’extrême jeunesse de la population.
La pyramide accuse un léger déficit du côté masculin entre 25 et 30 ans qui s’explique par le mouvement migratoire, attirant ses adultes vers la côte. Cette migration est le fait d’hommes déjà mûrs, mariés et affranchis de la tutelle des anciens. Dans un premier temps, le migrant laisse sa ou ses femmes à Ziombli en espérant que sa situation matérielle s’améliore.

Cette migration n’est que temporaire, il revient définitivement à Ziombli vers 40 ans.

Techniques d’agriculture

Les méthodes rudimentaires et l’absence d’engrais imposent une très longue jachère (terre laissée au repos). Les champs défrichés dans la forêt sont abandonnés après quelques années de culture. Cette agriculture itinérante sur brûlis a des rendements très faibles.

Qu’est-ce que la culture sur Brûlis ?

C’est une technique de mise en culture temporaire: on défriche sommairement, on brûle les débris et on prépare grossièrement le sol ainsi libéré et enrichi. La technique consiste à faire brûler la forêt. Les troncs d’arbres les plus gros restent sur place, les cendres des plus petites fertilisent un peu le sol.

Le nettoyage de l’emplacement choisi débute au milieu de la saison sèche en janvier. A la fin de la saison sèche, en mars, les arbres sont abattus. Le brûlis proprement dit commence en juin.

Après quelques saisons de récolte, le terrain est abandonné à la nature pour un temps de repos. Cette pratique est beaucoup utilisée dans les Alpes au Moyen-Âge.

Types de plantes cultivées

Les hommes cultivent les plantes vivrières (du verbe vivre) destinées à l’alimentation quotidienne des familles comme du manioc, de l’igname, du maïs ou du riz.
Ces denrées se contentent de sols médiocres et peu fertiles.

L’igname et le manioc sont des tubercules très nutritifs, c’est-à-dire des racines où sont stockées les réserves nutritives de la plante.

Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à consulter l’étude d’Alfred Schwartz sur l’aspect socio-économique de Ziombli, en accès libre sur Persée.

Le terroir

Il y a 150 hectares de cultures vivrières (surtout du riz) sur 85 parcelles. La culture du riz est parfois associée à celle du manioc ou du maïs. Le manioc est un élément peu apprécié des villageois qui n’est consommé que lorsqu’il n’y a plus de riz, c’est-à-dire au moment de la soudure.

Les cultures commerciales occupent 80 hectares répartis en 120 parcelles de caféier et 12 de cacaoyer. Ces petites plantations familiales n’ont pas de techniques modernes. Les rendements sont faibles. Les revenus de ces exploitations sont commercialisés, ce qui créé des revenus monétaires.

Le droit sur la terre

La terre appartient à la communauté villageoise toute entière. Le paysan peut librement décider de défricher une parcelle de forêt et de la mettre en culture. Il garde le droit d’usage sur cette parcelle pendant 8 ans. Après, la terre retourne au village et n’importe qui a la possibilité de la remettre en valeur.

Les terres des cultures commerciales appartiennent à des particuliers et se soumettent aux lois sur le droit de la propriété. Un tel droit implique pour le propriétaire la jouissance permanente de sa plantation mais aussi la transmission par héritage de celle-ci.

Ceci ne manquera sans doute pas dans les années à venir d’être une source de conflits en raison de la raréfaction des terres.

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