Aristote: Politique, art et poétique

La nature de la justice

Puisque l’amitié est une caractéristique importante du bien vivre et que les habitudes vertueuses peuvent être acquises par l’éducation morale et la législation, Aristote considère la vie au sein d’une communauté morale comme une composante essentielle de la morale humaine. Même dans l’Éthique, il note que l’ordre social est présumé par le concept général de justice.

Bien considérée, la justice se préoccupe de l’équité ou de la justice dans les relations interpersonnelles. Ainsi, Aristote offre un récit de la justice distributive qui tient compte de la rectification sociale des torts individuels. En outre, il a noté que la justice dans l’échange de biens doit être soigneusement définie afin de préserver l’équité. Le concept plus large de justice politique, cependant, ne doit être reconnu que dans le contexte d’une société entière. Il mérite donc d’être traité séparément dans un traité différent.

Vie politique

Ce traité est la Politique d’Aristote βίος πολιτικός (vie politique), un examen complet des origines et de la structure de l’État. Comme Platon, Aristote suppose que la nécessité d’une division du travail est l’occasion initiale de la formation d’une société dont la structure sera modelée sur celle de la famille. Mais Aristote (préférant la moyenne) refuse d’être d’accord avec la notion de Platon de la propriété commune et a fait valoir que certains biens devraient être détenus à titre privé.

Aristote fait une distinction plus nette entre la morale et la politique que Platon. Bien qu’un bon citoyen soit une bonne personne, selon Aristote, la bonne personne peut être bonne même indépendamment de la société. Cependant, un bon citoyen ne peut exister qu’en tant que partie de la structure sociale elle-même, de sorte que l’État est, dans un certain sens, prioritaire par rapport au citoyen.

Selon le nombre de personnes impliquées dans la gouvernance et l’orientation de leurs intérêts, Aristote distingue six types de structures sociales en trois paires :

  • Un État qui n’a qu’un seul souverain est soit une monarchie, soit une tyrannie.
  • Un État ayant plusieurs dirigeants est soit une aristocratie, soit une oligarchie.
  • Un État dans lequel tout gouvernement est soit un régime politique, soit une démocratie.

Dans chaque paire, le premier type d’État est celui où les dirigeants se préoccupent du bien de l’État, tandis que le second type est celui où les dirigeants servent leurs propres intérêts privés.

Bien qu’il croit que la monarchie était le meilleur état possible en principe, Aristote reconnaît qu’en pratique elle est susceptible de dégénérer en le pire état possible, une tyrannie. Il a donc recommandé la formation d’un régime politique, ou gouvernement constitutionnel, puisque sa forme dégénérée est la moins nuisible des mauvaises formes de gouvernement. Comme toujours, Aristote défend la moyenne plutôt que de courir le risque de l’un ou l’autre extrême.

La Poétique

Un autre contraste frappant entre Platon et Aristote apparaît dans la Poétique et l’analyse des effets de l’art dramatique. Aristote, contrairement à son maître, suppose que la représentation extravagante d’émotions puissantes est bénéfique pour le citoyen individuel, fournissant une occasion pour la libération cathartique de sentiments malsains plutôt que de favoriser leur développement.

La tragédie, en particulier, suscite notre peur et notre pitié, car nous reconnaissons le défaut inhérent du héros tragique. Ayant vu le résultat sous une forme dramatique, nous sommes moins susceptibles de commettre des actes de fierté similaires, selon Aristote, de sorte que les arts littéraires ont un avantage direct pour la société humaine. Cela ne justifie pas une conception platonicienne de la censure des arts.

Bien que leurs réputations relatives aient souvent varié considérablement, les philosophies de Platon et d’Aristote ont continué à exercer une influence puissante au cours des siècles suivants. Même aujourd’hui, il est souvent suggéré que les penseurs occidentaux sont invariablement Platoniques ou Aristotéliciens. C’est-à-dire que chacun de nous est enclin soit à l’appréhension abstraite, spéculative et intellectuelle de la réalité, comme l’était Platon, soit à l’appréciation concrète, pratique et sensorielle de la réalité, comme l’était Aristote. Les différences entre les deux approches peuvent être trop fondamentales pour l’argumentation ou le débat, mais la coordination ou la synthèse des deux ensemble est extrêmement difficile, de sorte qu’un choix peut être nécessaire.

Certes, la philosophie du Moyen Âge, à laquelle nous consacrerons quelques articles dédiés, présente une certaine forme de cette division. Comme les penseurs chrétiens essayent de trouver des moyens d’adapter leurs doctrines religieuses à la tradition de la philosophie grecque, une version de Platon et une version d’Aristote sont des facteurs importants dans leur développement.

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