Les successeurs de Mahomet : l’essor du califat

La disparition du Prophète a ouvert une crise de succession majeure, marquant à la fois le début de l’expansion territoriale de l’Empire musulman et la naissance de la division entre sunnites et chiites.

La question de la succession et la division doctrinale

À la mort de Mahomet, la communauté musulmane se trouve confrontée à l’absence de règles explicites concernant la désignation de son chef politique et religieux. Sous l’impulsion d’Umar ibn al-Khattab, Abou Bakr, compagnon proche et premier homme converti hors du cercle familial, est désigné comme premier calife.

Cette nomination est contestée par une partie des fidèles. Ces derniers estiment qu’Ali ibn Abi Talib, cousin germain et gendre du Prophète par son mariage avec Fatima, avait été explicitement désigné comme successeur légitime lors de l’événement de Ghadir Khumm.

Cette divergence d’interprétation constitue le fondement de la rupture institutionnelle de l’Islam :

  • La tradition sunnite : Elle considère que le calife doit être choisi par consensus (Ijma) ou élection parmi les membres de la communauté, et valide la légitimité d’Abou Bakr et de ses successeurs directes.
  • La tradition chiite : Elle soutient que la désignation du guide spirituel et politique (l’Imam) relève de la volonté divine et doit demeurer au sein de la famille du Prophète (Ahl al-Bayt), reconnaissant Ali comme le premier successeur légitime.

Les guerres de Ridda et l’unification territoriale

Dès le début de son mandat, Abou Bakr doit faire face au soulèvement de nombreuses tribus arabes. Considérant que leur pacte d’allégeance était strictement lié à la personne de Mahomet, plusieurs factions refusent de verser l’impôt rituel (la Zakat) ou suivent de nouveaux prétendants au prophétisme.

Affirmant la pérennité de la communauté (la Ummah) au-delà de la mort de son fondateur, Abou Bakr engage les guerres d’Apostasie (Ridda). Sous le commandement du général Khalid ibn al-Walid, les forces du califat soumettent les tribus dissidentes et rétablissent l’unité politique de la péninsule sous l’autorité du pouvoir central installé à Médine.

L’ère des califes bien guidés et la Première Fitna

La période allant de la mort du Prophète à l’avènement de la première dynastie héréditaire est désignée sous le nom de califat des « bien guidés » (Rashidun) :

  • Abou Bakr : Il pacifie l’Arabie et initie les premières incursions hors des frontières de la péninsule.
  • Umar ibn al-Khattab : Désigné par Abou Bakr, il supervise une expansion territoriale fulgurante aux dépens de l’Empire byzantin et de l’Empire sassanide en Perse et en Mésopotamie, avant d’être assassiné.
  • Othman ibn Affan : Élu par un conseil d’électeurs, il codifie la rédaction définitive du Coran et poursuit les conquêtes en Égypte et en Afrique du Nord, mais finit assassiné lors d’une révolte interne.
  • Ali ibn Abi Talib : Son accession au pouvoir déclenche la Première Fitna (guerre civile islamique), marquée par des contestations territoriales, la bataille du Chameau et la bataille de Siffin contre le gouverneur de Syrie, Muawiya.

Après l’assassinat d’Ali par un membre de la secte des Kharijites, Muawiya prend le contrôle de l’État et instaure le pouvoir héréditaire de la dynastie des Omeyyades, déplaçant la capitale de Médine vers Damas.

Principaux enseignements

Points clefs

  • Le désaccord sur la succession de Mahomet est la source historique de la séparation entre sunnites et chiites.
  • Les guerres de Ridda menées par Abou Bakr ont préservé la cohésion politique et territoriale de l’État musulman naissant.
  • La période du califat Rashidun a été marquée par une rapide expansion géographique, mais s’est achevée dans la guerre civile.
  • La prise de pouvoir par Muawiya a transformé le califat en une monarchie héréditaire sous la dynastie omeyyade.

Termes clefs

  • Calife : Titre porté par le successeur politique et religieux à la tête de la communauté musulmane.
  • Rashidun : Terme désignant les quatre premiers califes (Abou Bakr, Umar, Othman et Ali) dans la tradition sunnite.
  • Fitna : Terme signifiant épreuve ou schisme, désignant les premières guerres civiles de l’histoire islamique.

Sam Zylberberg

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