Le schisme d’Occident a été une période de crise prolongée dans la chrétienté latine au cours de laquelle un conflit majeur a éclaté concernant le titulaire légitime de la papauté.
Le Grand Schisme d’Occident, ou schisme papal, est une scission au sein de l’Église catholique romaine. Au cours de cette période, trois hommes ont simultanément prétendu être le vrai Pape. Poussé par la politique plutôt que par un désaccord théologique, le schisme a pris fin avec le Concile de Constance. Pendant plusieurs décennies, ces revendications rivales au trône papal ont profondément nui à la réputation de l’institution.
Origine du Grand Schisme d’Occident
Le schisme dans l’Église romaine d’Occident a résulté du retour de la papauté à Rome sous Grégoire XI en janvier 1377, mettant fin à la papauté d’Avignon, qui avait acquis une réputation de corruption ayant éloigné une grande partie de la chrétienté occidentale. Cette image négative découlait de l’influence prédominante de la France et des efforts de la curie papale pour étendre ses pouvoirs de patronage et augmenter ses revenus.
Après la mort du pape Grégoire XI, les Romains se sont révoltés pour assurer l’élection d’un Pape italien. Les cardinaux ont élu un Napolitain, aucun candidat romain viable ne s’étant présenté. Urbain VI, né Bartolomeo Prignano, archevêque de Bari, est alors choisi. Urbain avait été un administrateur respecté à la chancellerie papale d’Avignon, mais en tant que Pape, il s’est avéré méfiant, réformateur et enclin à de violents accès de colère. De nombreux cardinaux qui l’avaient élu regrettèrent rapidement leur décision. La majorité d’entre eux quittèrent Rome pour se rendre à Anagni où ils élurent Robert de Genève comme pape rival en septembre de la même année. Robert prend le nom de Clément VII et rétablit une cour papale à Avignon. Cette deuxième élection plongea l’Église dans la tourmente. Il y avait déjà eu des antipapes auparavant, mais ils étaient généralement nommés par des factions rivales ; dans ce cas précis, un seul et même groupe de dirigeants de l’Église avait créé à la fois le Pape et l’Antipape.
Le conflit s’est rapidement transformé d’un problème ecclésiastique en une crise diplomatique qui a divisé l’Europe. Les dirigeants laïques ont dû choisir quel prétendant reconnaître :
- Partisans d’Avignon : La France, l’Aragon, la Castille et Léon, Chypre, la Bourgogne, la Savoie, Naples, l’Écosse et la rébellion d’Owain Glyndwr au Pays de Galles.
- Partisans de Rome : Le Danemark, l’Angleterre, la Flandre, le Saint-Empire romain germanique, la Hongrie, l’Irlande, la Norvège, le Portugal, la Pologne, la Suède, la République de Venise et les villes-États du nord de l’Italie.
Dans la péninsule ibérique, les guerres de Ferdinand et la crise portugaise ont vu les opposants dynastiques soutenir des prétendants rivaux à la fonction papale.
Conséquences et blocages du conflit
Soutenu par ces rivalités nationales et territoriales, le schisme s’est poursuivi après la mort des deux prétendants initiaux. Boniface IX, couronné à Rome, et Benoît XIII, qui a régné à Avignon, ont maintenu leurs cours rivales. À la mort de Boniface, les cardinaux du conclave romain proposèrent de ne pas élire de nouveau pape si Benoît démissionnait. Face au refus de ses légats, le parti romain procéda à l’élection d’Innocent VII. L’esprit de faction caractérisant cette période engendra une haine profonde entre les partis.
Des efforts diplomatiques et des tentatives de contrainte physique ont été déployés pour mettre fin au schisme, notamment par la couronne française contre Benoît XIII, sans succès. La suggestion de convoquer un concile ecclésiastique pour résoudre la crise a été proposée dès l’origine, mais le droit canonique exigeait qu’un pape le convoque. Des théologiens comme Pierre d’Ailly et Jean Gerson, ainsi que des juristes comme Francesco Zabarella, ont alors défendu l’idée que l’équité permettait à l’Église d’agir pour son propre salut au-dessus de la lettre de la loi.
Les cardinaux des deux factions sont finalement parvenus à un accord pour une rencontre entre Benoît XIII et le pape Grégoire XII à Savone. L’annulation de cette rencontre au dernier moment amena les deux collèges de cardinaux à abandonner leurs papes respectifs. Un concile ecclésiastique s’est tenu à Pise sous les auspices des cardinaux. Lors de sa session de juin 1409, le concile de Pise déposa les deux pontifes comme schismatiques et hérétiques. Cependant, la crise s’aggrava avec l’élection d’un troisième prétendant, Alexandre V, auquel succéda Jean XXIII.
Résolution de la crise
Un concile fut convoqué à Constance par Jean XXIII pour résoudre définitivement la question. Ce concile reçut l’approbation de Grégoire XII, le successeur d’Innocent VII à Rome, garantissant ainsi la légitimité de la future élection. Conseillé par le théologiste Jean Gerson, le concile obtint les démissions de Jean XXIII et de Grégoire XII, tout en excommuniant Benoît XIII, qui refusait de se retirer. Le concile élut le pape Martin V, mettant ainsi fin à la crise majeure.
Bien que la couronne d’Aragon ait maintenu son soutien à Benoît XIII et que des successeurs éphémères comme Benoît XIV et Clément VIII aient été désignés par quelques fidèles, le schisme était virtuellement terminé. La démission de Clément VIII et son ralliement à Martin V ont parachevé la réunification de la papauté.
Principaux enseignements
Points clefs
- Pendant plusieurs décennies du XIVe et du XVe siècle, le siège de la papauté s’est trouvé à Avignon avant son retour à Rome sous Grégoire XI.
- L’élection contestée d’Urbain VI puis la désignation de Robert de Genève (Clément VII) par les mêmes cardinaux ont déclenché le Grand Schisme.
- La crise s’est transformée en un conflit diplomatique à l’échelle européenne, séparant les royaumes entre les obédiences de Rome et d’Avignon.
- La tentative du concile de Pise de résoudre la situation a temporairement créé une situation avec trois papes rivaux simultanés.
- Le concile de Constance a permis de mettre fin au schisme grâce aux démissions conjointes, à l’excommunication du prétendant réfractaire et à l’élection de Martin V.
Termes clefs
- Papauté d’Avignon : Période au cours de laquelle sept papes successifs ont résidé à Avignon plutôt qu’à Rome.
- Antipape : Personne qui prétend être pape en opposition au pontife légitimement reconnu par l’histoire ecclésiastique.
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